groupe de runners sur chemin

Denys Barrault : « l’évolution de la médecine du sport se fera dans le développement du sport pour la santé »

Denys Barrault

Denys Barrault est médecin du sport, aujourd’hui président de la société française de médecine de l’exercice et du sport (SFMES) . Ancien médecin chef de l’Institut national du sport et de l’éducation physique (INSEP), il travaillera également en libéral jusqu’à sa retraite en 2017. Ce passionné de sport, très bon alpiniste, collaborera notamment pendant sa carrière avec la Fédération française de judo puis la fédération européenne de Judo. Il médicalisera également de nombreuses compétitions internationales dont les jeux olympiques entre 1979 et 1988. Il partage aujourd’hui avec nous sa vision de la médecine du sport et de ses évolutions futures.

Quelles sont les missions de la Société Française de Médecine du Sport ?

Notre mission au sein de la SFMES est dans un premier temps de réunir les médecins qui s’intéressent au sport et aux activités physiques, et de les accompagner dans leur formation et leur développement continu. Nous souhaitons encourager et valoriser les travaux scientifiques dans tous les domaines qui touchent au sport et à la santé. Notre objectif est aussi de promouvoir ces travaux par des congrès médicaux afin d’aider au développement d’une médecine du sport et de l’exercice de qualité. Enfin, nous faisons également la promotion de la pratique des activités physiques et sportives pour la santé auprès de la population générale et des pouvoirs publics.

La médecine du sport est une jeune spécialité. Quels ont été les grands changements de ces dernières décénnies ? 

C’est une spécialité qui apparaît un peu jeune de l’extérieur, mais la première société savante en médecine du sport, en France, a été créée en 1921. De mon point de vue, nous avons une meilleure connaissance de ce qui distingue le sportif de l’homme sain non sportif. Un travail a aussi été fait dans la mise en évidence des particularités sport par sport et nous avons une meilleure connaissance des facteurs de performance dans de multiples sports.

L’une des avancées importantes pour notre spécialité est la mise en évidence des bienfaits du sport sur l’épanouissement physique et mental d’une personne, la prévention des maladies chroniques et de leurs complications. Les dernières décennies ont aussi vu beaucoup d’avancées dans la connaissance de la prévention et du  traitement des incidents et accidents de santé liés aux sports. Enfin, notre métier a aussi évolué concernant le passage du milieu médical au milieu juridique de la lutte contre le dopage.

femme courant dans l'herbe

Comment imaginez-vous l’évolution de la médecine du sport dans les 30 prochaines années ?

Je pense que dans les prochaines années, l’évolution de la médecine du sport se fera beaucoup dans le développement du sport pour la santé. Cela a déjà commencé avec la création du sport sur ordonnance, mais je pense que le principe de prescription du sport par les médecins à leurs malades va continuer de se développer et se spécialiser. 

Au niveau scientifique, j’imagine que l’on va continuer à avancer dans la distinction et la connaissance médicale des spécificités de chaque sport. Dans le même ordre d’idée, je pense que les recherches et les découvertes vont se poursuivre sur les effets du sport sur les tissus humains, notamment sur le système neuro-musculaire, le système immunitaire et hormonal.

Les indicateurs de la sédentarité augmentent de génération en génération. Que faudrait-il selon vous pour inverser la tendance ?

Il faudrait pouvoir bien informer la population générale de la différence entre le sport et les activités physiques. Ne pas rester focalisé sur les activités compétitives et pouvoir proposer et promouvoir des activités physiques variées et ludiques. L’un des points clefs selon moi est aussi le développement et la sensibilisation à l’importance du sport et des activités physiques chez les enfants et les adolescents en améliorant encore l’éducation physique. Il faudrait leur apprendre à utiliser et à respecter leur corps.

Comment peut-on accompagner la population à pratiquer des activités physiques et sportives sur le long cours ?

La pérennisation des activités physiques fait effectivement partie des grands défis pour des objectifs de santé. Il faudrait pouvoir inscrire les personnes dans des programmes de journées sportives, voire de semaines, par exemple pendant les vacances. Il faudrait pour cela favoriser les activités de plaisir, de découverte, et stimuler l’esprit d’aventure.

groupe de running femmes

La course à pied apparaît comme une solution simple et accessible à tous, qu’en pensez-vous ?

Je pense qu’il faut penser à varier les modes de pratique. Ne pas rester que sur de la route, mais aussi aller dans la nature. L’avantage de cette pratique est qu’elle peut être associée à la découverte d’un climat, d’une montagne, d’un désert, d’une faune, d’une flore, d’un circuit touristique, d’une architecture régionale. Il peut être aussi intéressant de l’associer à d’autres activités physiques comme le triathlon, la course d’orientation, les raids. De mon point de vue médical, il ne faut pas l’associer à des exploits de vitesse, de durée, de distance car c’est dans ces conditions qu’il peut y avoir le plus d’effets délétères.

Quelles sont vos préconisations pour des personnes qui souhaitent pratiquer le running pour leur santé ?

Avant toute chose “Ne pas se faire mal”. Il faut penser à adapter la vitesse et la durée à son état physique du moment et aussi au climat. Il faut aussi savoir se chausser et travailler sa technique de course. Il ne faut pas s’obstiner à poursuivre la course à pied si celle-ci perturbe sans cesse votre santé (troubles respiratoires, cardio-vasculaires, arthrose, lombalgie, périostite …). N’hésitez pas à vous orienter vers d’autres activités comme la marche, la glisse, le vélo.

Si vous aviez une baguette magique et que vous pouviez régler un problème autour de la médecine du sport, lequel serait-il ?

Je ferais le souhait d’introduire plus d’enseignants en éducation physique dans les écoles primaires. Je modifierais les programmes académiques actuels dans les collèges et lycées pour que les enseignants puissent continuer l’éducation physique en l’adaptant à leurs élèves et sans la remplacer par des épreuves sportives obligatoires avec des barèmes et des notations. Je remplacerais la gymnastique par la danse acrobatique. Et enfin j’éviterais les sports comme le rugby, foot, hand, où autres sports avec des sauts, qui sont de grands pourvoyeurs de blessures à l’école. Je les remplacerais par des activités comme de la jonglerie, de l’équilibre, du renforcement musculaire, des étirements, du jeu scénique et théâtral.