Anaïs Quemener : « la lutte contre le cancer, mon marathon le plus difficile »

anais quemener portrait sourireAnaïs Quemener est une jeune aide soignante de 30ans. La nuit, elle travaille aux urgences en Seine-Saint-Denis. Le jour, cette passionnée de course à pied s’entraîne pour performer sur les courses longue distance qu’elle affectionne tout particulièrement. Elle a d’ailleurs été championne de France de marathon (2016) et vice-championne de France de 100km (2018). Cette runneuse passionnée, à la force incroyable, est aujourd’hui en rémission complète d’un cancer du sein, qu’elle a combattu tout en poursuivant une activité physique au quotidien. Notre ambassadrice des #42 Healthy Running Days vous raconte son histoire et vous partage son quotidien.

Comment sont rythmées tes journées aujourd’hui, en période de COVID ?

Mon quotidien, malgré la période ne change pas de d’habitude. Je travaille de nuit à l’hôpital. Lorsque je travaille, je fais 19h/7h, je dors jusqu’à 13/14h, puis je vais m’entraîner entre 15 et 17h. Enfin, je me prépare et retourne au boulot à 18h. C’est toute une organisation mais ça se passe très bien. Ensuite, lors de mes repos, j’en profite pour faire les sorties plus longues ou plus spécifiques où je suis généralement avec mon compagnon (qui court) et mon père (qui nous suit à vélo).

Cette période sans compétitions impacte-t-elle ta forme et tes performances sportives ?

Évidemment, en cette longue période [sans compétitions] nous sommes tous dans l’attente d’un retour à la normale. Lorsque l’on est compétiteur, ça nous manque beaucoup. En cette période, nous en profitons pour lever le pied, prendre un peu plus de repos pour revenir en forme lorsque ce sera le moment. Alors pour le moment je ne parle pas de performances physiques mais plutôt de maintient, et surtout de plaisir !

As-tu des techniques pour bien récupérer malgré le manque de sommeil ?

Ma technique préférée reste la sieste (+/- longue) ! Lorsque je dors moins bien ou un peu moins, je sens un réel besoin de faire la sieste. Pour ma part, ça me fait beaucoup de bien. Je recommande !

Est-ce une hygiène de vie irréprochable qui te permet de continuer à performer et éviter les blessures ?

Non, je ne pense pas, j’ai une bonne hygiène de vie dans l’ensemble, sommeil, alimentation, hydratation, sport, etc, mais elle n’est pas irréprochable. Je suis une jeune femme de 30 ans aussi, et j’aime me commander à manger (surtout en ce moment). D’ailleurs, j’adore manger ! Je suis très gourmande. J’aime profiter de la vie et des bonnes choses. En fonction des compétitions et des périodes d’entraînement, j’essaie d’être un peu plus sérieuse, mais sans interdiction pour autant. 

Ton marathon le plus difficile est sans nul doute la lutte contre un cancer du sein. Souhaites-tu nous en parler ?

En effet, je pense que ce marathon la a été le plus long et le plus difficile que j’ai eu à vivre mais j’ai eu beaucoup de chance et aujourd’hui j’en sors victorieuse. Tout à commencé en 2015, j’avais 24 ans et lors d’une douche j’ai senti une petite masse, dure dans mon sein gauche. D’apparence bénigne, on m’a d’abord dit que c’était hormonal.

Environ 6 mois après, j’ai demandé l’avis d’un second médecin, qui m’a prescrit un bilan complet. Elle ne semblait pas inquiète non plus et le bilan sanguin était absolument parfait mais cette boule ne cessait de grossir. Elle ne me faisait pas mal mais elle déformait le côté de mon sein. J’ai alors demandé un 3ème avis. Lors de cette échographie, le radiologue a dévcouvert une tumeur de plus de 4cm et j’avais un énorme ganglion sous l’aisselle. Quelques semaines plus tard, on m’a m’annoncé que j’avais un cancer du sein triple négatif avec métastases ganglionnaires.

S’en est suivi un long périple : opérations multiples, chimiothérapie (8 mois), radiothérapie (2 mois), ablation des deux seins… Je n’aurais jamais imaginé être malade, à cette période je me sentais très bien. Les contrôles gynécologiques seins/ovaires/utérus sont assez méconnus avant 45/50 ans. Malheureusement, ce cancer touche beaucoup de jeune femme également ! Je pense que nous manquons grandement de prévention à ce niveau là, c’est pourquoi j’en ai toujours beaucoup parlé autour de moi et j’espère que d’autres personnes en font autant.

Comment as-tu trouvé la force de continuer à t’entraîner pendant tes traitements (et de devenir championne de France quelques mois plus tard)?

Je pense que cette force, je l’ai puisée auprès de mes proches. Avec eux je ne me sentais pas malade et ils m’ont toujours accompagné dans mes folies. Pendant que certains médecins me demandaient de ne pas trop en faire, mes proches eux m’encourageaient à faire ce dont j’avais envie, dans la limite du raisonnable (évidemment). Du coup, lors de mes entraînements et comme je ne travaillais plus durant cette période, j’ai couru tous les jours, marché lorsque c’était nécessaire ou que la forme était moins présente.

Chaque jour je sortais 1H et j’essayais de courir le plus possible. J’étais accompagnée par mon père à vélo. Il avait peur qu’il m’arrive quelque chose en route. Ensuite, il m’a acheté un vélo d’appartement. Le fait de ne jamais avoir arrêté le sport, même de façon douce, m’a permis de revenir plus rapidement à mon niveau d’avant la maladie. La motivation et la soif de revanche sur la vie m’ont permis par la suite d’améliorer tout mes records personnels. Ça aura mis du temps, ça n’a pas été facile, mais j’ai réussi et c’est sûrement ma plus belle victoire.

Penses-tu que la course à pied a joué un rôle dans ta thérapie ?

Clairement oui ! La course à pied a été mon moteur durant les traitements. Je me suis accrochée à ça le plus possible. Le fait de sortir, de prendre l’air plutôt que de rester dans mon canapé, le fait de voir mes amis, maintenir un lien social plutôt que de s’isoler… Comme je l’ai dit à plusieurs reprises, lorsque j’allais courir je ne me sentais pas malade, je n’y pensais plus et au quotidien c’est très important. J’ai souvent comparé la maladie à un long marathon, lors des moments plus difficiles je me disais que c’était la, le mur du 30ème kilomètres et qu’après tout ça ce serait la ligne d’arrivée.

Tu es un exemple de résilience, force et persévérance. Comment as-tu surmonté ces épreuves ?

À mon sens c’est très important de maintenir un lien social. Pourquoi ne pas intégrer un club ou une association ?! Rencontrer des personnes qui nous ressemblent, partagent des intérêts communs ou vivent des histoires similaires… Ça m’a aidé lorsque j’ai découvert Casiopeea, le sport pour vaincre, association de lutte contre le cancer du sein dont je suis aujourd’hui marraine. Ca m’a donné des forces lors de mes traitements, aujourd’hui c’est à mon tour d’en donner à ceux et celles qui en ont le plus besoin.

Quels sont tes conseils pour les coureurs découragés après un échec, la survenue d’une maladie ou d’une blessure ?

Si j’avais des conseils à donner ce serait de toujours rester à l’écoute de son corps, garder le sourire et rester positif, relativiser. Demain sera meilleur qu’aujourd’hui mais pour cela il faut s’armer de patience, du temps de repos lorsque c’est nécessaire, et surtout adapter son activité physique à ses possibilités. Lever le pied lorsque c’est nécessaire permet de repartir plus fort par la suite, c’est un point que l’on a tendance à négliger et le repos fait également partie de l’entraînement.

Comment arrives-tu à te vider l’esprit et à te détendre au quotidien ?

En allant courir ? Mon mantra de chaque jour est « se dépasser quand tout va bien, se surpasser quand tout va mal » alors évidemment lorsque j’ai besoin de me vider la tête et l’esprit, rien d’étonnant, je vais courir ! Peut-être un peu comme une toxicomane, j’ai besoin de ces endorphines. Ca n’arrête pas les soucis ni les maux mais je les supporte plus facilement.

Quels sont tes objectifs aujourd’hui ?

Pour 2021/2022, j’aimerais en premier point que les championnats de France des 100km se déroulent bien en juin, après un premier report [annulés depuis l’interview]. Dans l’idéal je vise le podium et la sélection pour les championnats du monde en 2022. Mais rien n’est fait d’avance et le 100km est une course assez imprévisible. Tout peut arriver et je parle en connaissance de cause malgré ma petite expérience. Ensuite, lors du marathon de Valence en décembre 2021 j’aimerais améliorer mon record personnel sur marathon et aller chercher un moins de 2h45. Évidemment avec beaucoup de plaisir car c’est pour moi la clef de la réussite. 

En l’absence de courses et en période de confinement, comment t’entraines-tu ?

Avec le club (La Meute Running) et mon père Jean-yves Quemener qui est notre entraîneur, nous nous adaptons aux multiples confinements. Pour ce qui est des sorties en plein air, lors du premier confinement c’était 1H, 1km de rayon. Pour la maison, nous avons acheté un tapis de course et nous avions déjà un Home Traîner. Mais pour être honnête, il nous est difficile voire impossible de faire du long sur tapis. Je suis aussi allée au travail à pied où à vélo pour faire des bornes. J’étais vraiment bridée sur les entraînements en extérieur et pour la longue prépa du 100km.

Depuis ce troisième « confinement », nous avons à nouveau l’espoir de re-re-recommencer une préparation qui ira à son terme. Temps illimité pour les activités extérieures et possibilité d’aller dans les 10km à la ronde. Ce sera très bien ! Nous sommes commençons tout juste une nouvelle prépa. On croise les doigts !

Pourquoi as-tu accepté d’être ambassadrice des #42 Healthy Running Days ?

J’ai accepté d’être ambassadrice pour les #42 Healthy Running Days car sport et santé vont de pair. Il était normal pour moi d’essayer d’accompagner au mieux les runners dans cette démarche. Le marathon est une distance qui me parle et le fait de la proposer sur 42 jours, la rend accessible à tous. De plus, je le sais, cette action aura énormément de bienfaits sur le plan physique et mental. Hâte de partager tout ça avec les abonnés et utilisateurs de l’application. Et pourquoi pas en rencontrer quelques uns d’ailleurs, ainsi que l’équipe d’ambassadeurs et l’équipe de Running Care. Vivement le 7 avril 2021 !

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