Le syndrome du carrefour postérieur : blessure du runner footballeur

Bien que pas des plus fréquents chez le coureur, le syndrome du carrefour postérieur existe. Il survient plutôt chez les danseurs et les footballeurs. Cependant un bon nombre de coureurs a un passé de footballeur (pour ce qui est de la danse, vous serez d’accord que c’est moins fréquent). Alors de quoi s’agit-il ?

Le syndrome du carrefour postérieur

Définition du syndrome du carrefour postérieur

Le syndrome du carrefour postérieur est aussi appelé conflit postérieur de cheville. Il se traduit par un contact anormal à l’intérieur de l’articulation lors des mouvements.

Physiopathologie du syndrome du carrefour postérieur

Le conflit postérieur est lié au coincement de tissu ou d’os entre le gros os du talon (le calcanéum) et le tibia lors des mouvements de flexion plantaire (lors de la position dite « pointe de pied »). De manière imagée, lors des mouvements de flexion plantaire, l’élément est piégé dans l’articulation comme au sein d’un casse-noisettes.

Explication schématique du conflit postérieur de cheville [1]

Les sports les plus impliqués sont le football, la danse et l’escrime. Ils entraînent un syndrome du carrefour postérieur chronique [2].

Par ailleurs, un mouvement très violent de flexion plantaire peut être responsable d’un syndrome aigu du carrefour postérieur.

Les éléments mis en jeu dans le syndrome du carrefour postérieur [2,5]

Les éléments osseux

–     La partie postérieure du talus présente 2 petits prolongements osseux. Cette partie postérieure peut parfois être prolongée en arrière et aboutir à l’existence d’une « queue trop longue » (aussi appelée processus de Stieda)

–     Un os trigone, petit os supplémentaire, inconstant situé en arrière du talus

–    La partie postérieure du tibia

Image [4]

Les tissus mous

–      La synoviale : L’articulation est entourée de petites enveloppes articulaires qui peuvent se replier et se coincer dans le « casse-noisettes ». ·  –     Les ligaments

–      Les tendons : principalement le tendon long fléchisseur propre du gros orteil

–     Plus rarement les éléments vasculo-nerveux (artère, veines et nerf tibiaux  postérieurs).

Les symptômes du syndrome du carrefour postérieur 

Symptômes chez le runner

Le symptôme principal est une douleur de la partie postérieure de la cheville survenant en flexion plantaire. Cette douleur est provoquée lors de la pratique sportive ou professionnelle et/ou de la vie quotidienne (montée ou descente des escaliers, conduite automobile…); soit immédiatement, soit de façon retardée.

Examen clinique du médecin

Parfois l’examen met en évidence une limitation de la flexion plantaire de cheville (le mouvement dit « pointe de pied » n’est pas complet).

A l’examen, la mise en flexion plantaire passive de la cheville réveille les douleurs et permet de confirmer le diagnostic quasiment de façon certaine. Ce test est appelé « Grinding test » de cheville. Le coureur est assis au bord de la table avec le genou fléchi à 90°. Le médecin réalise des mouvements répétés rapides de flexion plantaire passive forcée et rotation du pied sous le tibia.

Une douleur postéro-médiale en flexion plantaire forcée fait évoquer une tendinopathie du long fléchisseur du gros orteil. Ce tendon permet comme son nom l’indique de fléchir le gros orteil.

L’examen à la recherche d’une pathologie du tendon d’Achille est normal. (voir article Running Care sur le tendon d’Achille)

Les examens complémentaires

Divers examens d’imageries peuvent être utilisés, seuls ou en association, pour confirmer le diagnostic de conflit postérieur.

Radiographies standards

Elles sont quasiment réalisées de manière systématique.

Radiographie : os trigone [6]

Imagerie par résonance magnétique (IRM)

Elle est plus intéressante quand on suspecte un conflit des parties molles

IRM [6]

Scanner simple et/ou arthroscanner

Se déroule avec injection d’un produit dans une articulation radio opaque. Il est intéressant quand on suspecte un conflit d’origine osseuse.

Scanner [6]

Infiltration « test »

En cas de doute diagnostique, une infiltration « test » du carrefour postérieur peut être réalisée. Le soulagement des symptômes douloureux est un argument pour confirmer le diagnostic.

Le traitement

Le traitement conservateur

Un traitement conservateur doit être instauré de première intention.

–    Antalgiques, anti-inflammatoires par voie orale

–   Cryothérapie

–    Strapping limitant la flexion plantaire

–   Adaptation du chaussage +++

–   Kinésithérapie

Un traitement par infiltration unique ou répétée, selon le résultat obtenu et le type de lésion osseuse ou tissulaire, peut être proposé et parfois réalisé avec repérage radiologique.

Le traitement chirurgical

En cas de persistance de la symptomatologie, un traitement chirurgical sera nécessaire. Son but est de traiter toutes les lésions en cause, souvent multiples.

Le syndrome du carrefour postérieur ou casse-noisettes est intéressant à comprendre même si sa fréquence n’est pas très grande chez le coureur. Encore une fois le chaussage et l’adaptation de la pratique ont un rôle clé dans cette pathologie.

 

Un article rédigé par :

Pauline Six – Médecin du sport

 

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