10 questions à Eric Beauval, le podologue qui soigne les pieds des runners

Le podologue est un professionnel de santé bien connu des runners. Il soigne vos maux de pieds et réalise vos semelles orthopédiques. Mais connaissez-vous vraiment le rôle d’un podologue du sport et ce qu’il peut vous apporter ?

Running Care est parti à la rencontre d’Eric Beauval, podologue du sport, formé également en posturologie ainsi qu’à l’approche par les préférences motrices de l’étude du mouvement. Passionné par la course à pied, il a notamment rédigé un livre sur le choix de la chaussure de running et travaille régulièrement avec un équipementier français pour la conception de leurs chaussures de course à pied. 

1. Quelle est la différence entre un podologue et un podologue du sport ?

Le podologue et le podologue du sport ont à la base le même diplôme, qui est celui de pédicure podologue diplômé d’état. Une fois diplômé, il peut décider de suivre des formations (notamment des diplômes universitaires) complémentaires en rapport avec le sport. 

Dans la majorité des cas, le podologue du sport disposera d’un équipement plus complet pour analyser le geste sportif dans son cabinet. Il s’agit notamment d’analyse vidéo, de plateforme de force, de tapis de course…

De la même manière, les semelles qu’il pourra proposer seront adaptées spécifiquement à la pratique sportive.

2. Quand doit-on aller voir un podologue ? 

La consultation chez le podologue peut être réalisée préventivement ou dans le but de soigner une pathologie présente. 

Le champ d’action du podologue est :

le traitement des affections de la peau ou des ongles des pieds (verrue, cor, durillon, ongles épaissis ou incarnés,..).

la réalisation de bilans podologiques qui permettent d’étudier la posture et d’éventuels troubles de l’appui, qui peuvent engendrer des conséquences sur la posture globale du corps (tendinites, entorses récidivantes, douleur musculaire ou articulaire…).

3. En quoi consiste un bilan podologique ? 

Le bilan podologique permettra au podologue d’établir un diagnostic. Celui-ci pourra mener à la réalisation d’une correction podologique par semelles orthopédiques adaptées et/ou par des conseils de rééducation ou prise en charge pluridisciplinaire.

Le bilan comporte une étude statique et dynamique du pied et du corps dans son ensemble. Dans le cadre du running, le bilan pourra comporter :

– une analyse filmée de la marche et de la course avec et sans chaussures.

– une analyse statique et dynamique sur plate-forme de force informatique qui permet l’analyse fine des pressions plantaires. 

– des tests posturologiques complémentaires sont possibles. 

– une analyse de l’usure des chaussures est aussi importante. 

4. Quel est le rôle du pied dans la course à pied ? 

Le pied est l’interface entre le sol et le corps. Il s’adapte au sol mais aussi aux besoins du corps. Pendant un run, le pied va devoir transmettre au sol la force musculaire tout en absorbant les chocs, en restituant l’énergie et en stabilisant l’appui; on lui en demande beaucoup!

Avec ses 28 os, 29 muscles et 57 articulations, le pied est une mécanique de haute précision qui doit supporter 2 à 3 fois le poids du corps pendant la course.

Toutes ses structures sont mises à contribution : la peau, le tissu adipeux, les muscles, les os, les tendons, les ligaments. Leur forme et leur nature permettent d’assurer le rôle du pied. Toutes ces structures ont un but et fonctionnent en synergie. Le pied est tout sauf bête! 

5. Avez-vous quelques astuces pour bien choisir ses chaussures de running et ainsi, éviter les blessures ?

Les chaussures de running ont une multitude de paramètres possibles et le pied une multitude de besoins spécifiques à chaque coureur. Le graal est de réussir à faire correspondre les deux! Il faut donc bien connaître les caractéristiques d’une chaussure de running et les besoins de son corps.

Globalement nous pouvons dire que le fit de la chaussure et la notion de confort sont importants.

– Le fit est l’ajustement de la chaussure à la forme du pied : il doit être maintenu sur l’arrière et le médio pied et libre au niveau des orteils.

La pointure doit être supérieure à celle des chaussures de ville pour laisser la place au pied qui pendant l’exercice va prendre plus de volume.

Pour contrôler la bonne pointure il est possible de poser son pied sur la semelle intérieure de la chaussure préalablement enlevée et disposée au sol : en calant bien le talon derrière, l’espace restant de la semelle en avant des orteils les plus longs doit correspondre à au moins la largeur de votre index.

Le pied ne doit pas flotter ou être trop comprimé , il faut ajuster le volume à votre arrière pied , votre médio pied , vos orteils et votre coup de pied .

– Les autres paramètres comme le drop , les systèmes de maintien, la stack, l’amorti…sont à ajuster selon les pathologies ou le profil du coureur. Pour débuter :  choisissez un drop supérieur à 8 mm,  une bonne stabilité et un modèle neutre ou universel.

Pour ne pas se tromper, il est conseillé de s’entourer d’un vendeur qualifié et d’un professionnel de santé. Il faut impérativement essayer les chaussures pour pouvoir comparer les sensations d’un modèle à l’autre et courir avec. Evitez les achats par correspondance !

6. Quel est l’intérêt de savoir si on est pronateur, supinateur ou universel ?

Si vous êtes pronateur, vous pourrez vous orienter vers des modèles avec des systèmes dits « anti-pronation ». Ces modèles ont différents degrés de maintien possibles, à faire correspondre avec l’intensité de la déviation du pied et le poids du coureur. Ne choisissez pas un modèle avec anti-pronation de chaussure si vous êtes supinateur au risque de vous blesser !

Il faut savoir que la posture universelle du pied n’est pas forcément la meilleure pour tous. Les coureurs avec préférence motrice terrienne peuvent trouver leur force avec la pronation et les aériens avec la supination. Ces déviations ne sont pas toujours à corriger.

Une chaussure ne doit jamais modifier ou augmenter une déviation de l’appui.

7. Faut-il privilégier une manière de courir (avant-pied, médio-pied, talon) ?

La meilleure foulée est différente pour chacun. On ne peut pas affirmer pour tous que telle ou telle façon de courir est la plus efficace et la moins traumatisante. Certains coureurs vont trouver leur facilité en attaquant sur l’avant pied alors que pour d’autres cela sera pourvoyeur de pathologies.

Beaucoup de coureurs vont, pour soulager une douleur de genou ou de dos, attaquer sur l’avant pied. Souvent, ils vont être soulagés à court terme mais à long terme d’autres pathologies de pied, de tendon d’achille ou de mollet vont apparaître si leur corps n’est pas fait pour cette prise d’appui.

Les préférences motrices et la localisation d’éventuelles douleurs nous permettent de savoir quel type de prise d’appui il faut privilégier. Les aériens auront une facilité à attaquer sur l’avant pied et les terriens sur le talon.

Sans pathologie, il est déconseillé de modifier sa foulée.

8. Quelles sont les blessures que l’on peut solutionner en allant voir un podologue ?

Les blessures pouvant être prises en charge par le podologue sont (principalement et de façon non exhaustive):

– instabilité d’appui

– entorses récidivantes

– tendinites 

– périostite 

– fracture de fatigue

– douleur de bassin 

– douleur de dos 

– épine calcanéenne 

– aponévrosite plantaire 

– syndrome de l’essuie-glace 

– contracture musculaire…

9. Auriez-vous quelques recommandations et conseils d’hygiène du pied ?

Pour l’hygiène du pied, il est important de :

savonner ses pieds chaque jour et de bien les sécher surtout entre les orteils pour ne pas favoriser les mycoses entre les orteils.

ne pas faire de bain de pied qui favorisent la macération.

ne pas désinfecter ses pieds préventivement.

– privilégier des chaussettes en matière naturelle.

– appliquer quotidiennement une crème hydratante en cas de sécheresse cutanée.

10. Comment préparer ses pieds avant un objectif sportif ?

Trois semaines avant une épreuve longue distance de running, il est possible de tanner la peau de ses pieds pour les protéger du risque de frottements (ampoules). Vous pouvez par exemple utiliser le produit TANO akileine 1 fois par jour.

En complément, on peut utiliser la crème NOK Akileine 1 fois par jour pendant 3 semaines. Elle va permettre de renforcer les couches supérieures de la peau et l’hydrater. Le jour de l’épreuve : mettez en grande quantité avant la course la crème NOK sur toutes les zones de frottements possibles .

 

 

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