Injection de corticoïdes chez le sportif, dopage ou bon usage ?

Les injections de corticoïdes ont déjà longuement fait parler d’elles, notamment dans le monde du cyclisme. En effet effet, substance considérée comme dopante par l’Agence Mondiale Antidopage, elle a engendré de nombreux contrôles positifs en compétition, notamment lors du tour de France.  « Le vélo de Ghislain Lambert », film de Philippe Harel retrace d’ailleurs bien une partie de l’histoire du dopage. Parfois banalisées à tort, utiliser ces injections, quand l’indication est bien posée, ce n’est pas tricher !

Que peut-on attendre des corticoides ? 

Les corticoïdes ont plusieurs propriétés biochimiques. Celle recherchée par le sportif est son puissant rôle anti-inflammatoire.

Un médicament corticoïde peut exister sous plusieurs formes d’administration :

Soit par voie « générale » : comprimés, suppositoires, injections (intramusculaire, sous cutanée, articulaire, intraveineuse)

Soit par voie locale : pommade, soluté auriculaire, pulvérisation nasale, aérosol ou pulvérisation pour les bronches, gouttes ou pommade pour les yeux, intra ou péri-articulaire (infiltration)

L’infiltration intra-articulaire du produit permet de délivrer une forte concentration de médicament en limitant le passage dans la circulation générale responsable d’effets indésirables notables. Elle permet de :

– diminuer l’inflammation qui cause les douleurs

– diminuer la prise d’antalgiques et d’anti-inflammatoires par voie générale

Il est d’ores et déjà important de noter que ces médicaments ne sont pas des médicaments prescrits en 1er intention mais après échec des autres traitements habituels. Vous allez comprendre pourquoi.

Quand peuvent-ils être utilisés ? [3]

Règlementation de l’Agence Mondiale Antidopage

L‘Agence Mondiale antidopage, dont la règlementation s’impose à tout sportif, considère que, quelque soit le niveau: 

–   les corticoïdes locaux sont tous autorisés hors compétition et en compétition

–   les corticoïdes administrés par voie générale sont autorisés hors compétition, interdits en compétition.

Image : Extrait du document produit par l’AMA (Agence Mondiale antidopage) [4]

Règlementation de l’Agence Française de Lutte contre le Dopage

L’Agence Française de Lutte contre le Dopage) [5] reprend la réglementation de l’AMA. 

Elle précise en plus que si un sportif a recours en compétition à un corticoïde local, il doit être en mesure d’apporter la preuve d’une indication médicale cohérente (certificat établit du médecin).  

En cas d’utilisation par voie générale, la réglementation est plus stricte. Il est nécessaire d’obtenir une autorisation particulière. En effet, une Autorisation d’usage à des fins thérapeutiques (AUT) doit être remplie par le médecin et être envoyée par le sportif à l’AFLD pour justifier la prescription. La signature du sportif est obligatoire également. 

L’utilisation de corticoides chez le sportif [7]

La corticothérapie n’est que rarement pertinente dans la traumatologie aiguë.

Par contre, en cas de douleurs chroniques ou de traumatismes anciens, le médecin peut poser une indication d’injection locale péri ou intra-articulaire.

Le choix du produit dépendra de l’expérience du thérapeute, mais son utilisation doit être réservée aux cas ayant présenté une résistance à d’autres traitements, et très rarement en première intention.

L’efficacité des infiltrations de glucocorticoïdes est reconnue uniquement à court ou moyen terme dans le traitement des traumatismes sportifs [8].

Règles de prescription

Les injections de corticoides sont indiquées après échec des autres alternatives thérapeutiques (physiothérapie, traitement médicamenteux antalgique).

Entre chaque infiltration, il faut réserver un intervalle de 3 à 6 semaines et ne pas dépasser 3 infiltrations par site et par année. Elles ne devront pas être renouvelées si 1 ou  2 infiltrations ne donnent pas d’amélioration.

Après le geste, un repos de 48h de l’articulation (surtout pour les articulations portantes) est recommandé.

Les effets sont en moyenne ressentis après 2 jours (1 à 7 jours), pour une efficacité d’1 à 2 mois.

Les substances les plus utilisées sont le DIPROSTENE et l’HYDROCORTANCYL.

Déroulement du geste infiltratif

L’infiltration de corticoïdes se déroule lors d’une consultation au cabinet médical.

Les médecins habilités à réaliser ce geste sont : les rhumatologues, les médecins de rééducation et réadaptation fonctionnelle, les chirurgiens orthopédistes, les médecins du sport et les radiologues.

Un protocole d’antisepsie (désinfection de la peau) rigoureuse sera systématiquement réalisé. Ensuite le médecin introduira l’aiguille en regard de la zone douloureuse.  Une fois l’aiguille introduite, le médecin tentera de retirer du liquide. On appelle ce geste ponction. Ensuite dans un second temps, le médecin réalisera l’injection de corticoïdes. L’aiguille sera ensuite retirée. Le point de ponction sera comprimé pendant quelques secondes. Un pansement sec sera mis en place. Il faut compter environ 15 à 20 minutes pour la réalisation de ce geste.

Recommandations préalables [9]

Il est important de signaler au médecin toute fièvre, toute infection quelconque, toute lésion cutanée, toute prise d’aspirine et/ou d’anti-coagulant dans les jours précédant l’examen, toute allergie à l’iode (pour l’utilisation de bétadine qui est un produit iodé). La prise d’anticoagulants n’est pas une contre-indication au geste mais nécessite de prendre des précautions particulières. 

Les effets secondaires des infiltrations de dérivés cortisonés

Les effets secondaires locaux

Les effets secondaires locaux potentiels chez le sportif méritent une attention particulière concernant l’usage des infiltrations [6]. 

Deux effets néfastes redoutables sont néanmoins soulevés : une chondrotoxicité (toxicité sur le cartilage) et une toxicité tendineuse.

Les risques immédiats liés aux injections locales [7]

Lorsque les infiltrations sont réalisées « dans les règles », les effets secondaires immédiats sont rares et minimes. Le malaise vagal simple est toujours possible. Il se manifeste par des sueurs profuses associées à une baisse de la tension, une baisse du rythme cardiaque voir à une perte de connaissance brève.

Parfois des « Flushs » peuvent survenir. Ils se manifestent par une rougeur du visage avec sensation de chaleur et parfois de maux de tête. 

La complication la plus redoutable est l’arthrite septique.

Des cas d’atrophie musculaire (fonte musculaire), de rétraction cutanée ou des tissus sous-cutanés au site d’injection, ou encore de dépigmentation (décoloration de la peau) ont également été rapportés, surtout en cas d’injections répétées. 

Le risque de rupture tendineuse (tendon d’Achille en particulier) augmenterait si l’injection est réalisée trop près du tendon, voire dans le tendon. Prudence.

Les corticoïdes font partie de la liste des produits dopants. Attention donc en cas de contrôle anti-dopage. Toutefois ils ont donc leur place dans le domaine sportif lorsqu’ils sont bien indiqués. Votre médecin devra être prudent vis-à-vis du risque de rupture tendineuse possiblement induit. En résumé, les corticoïdes pour le sportif c’est : parfois, en 2ème intention et pas en compétition sauf exception.

Un article rédigé par :

Pauline Six – Médecin du sport

 

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