L’hyperthermie maligne d’effort – quand la chaleur vous met K.O.

Le coup de chaleur d’exercice ou hyperthermie maligne d’effort est défini par une température corporelle centrale supérieure à 40° C et des troubles neurologiques en lien avec un effort physique. Il traduit une production de chaleur dépassant les mécanismes de thermorégulation de l’organisme et s’observe le plus souvent lors d’exercice physique intense en milieu chaud et humide.

Apparition de l’hyperthermie maligne d’effort

En raison de son importance stratégique, l’hyperthermie maligne d’effort a été décrite initialement chez les militaires. En milieu civil, les activités sportives en cause sont essentiellement la course à pied (semi-marathon, marathon) et les épreuves cyclistes. On voit survenir le coup de chaleur également lors de la pratique de certains sports collectifs tels le football et le rugby.

Au cours des marches soutenues, deux accidents sur trois interviennent avant le 20ème kilomètre, et lors des courses trois sur quatre surviennent avant le 10ème kilomètre.

Attention, l’hyperthermie maligne d’effort est à distinguer du « coup de chaleur d’ambiance ». Celui-ci touche préférentiellement les âges extrêmes de la vie (nourrisson ou personne âgée) en l’absence d’effort physique. L’hyperthermie maligne d’effort, est bien plus qu’un “simple” coup de chaud.

A quoi est due l’hyperthermie maligne d’effort [3, 4, 5] ?

La physiopathologie repose sur un déséquilibre entre la thermogenèse (fabrication de chaleur) qui s’emballe et la thermolyse (perte de chaleur) qui devient inefficace.

Quatre mécanismes assurent les échanges thermiques entre l’organisme et l’environnement : conduction, convection, radiation et évaporation.

L’évaporation représente le mécanisme le plus efficace. Cependant elle n’est plus efficace quand l’air est trop humide ou en l’absence de mouvements d’air.

Un autre mécanisme pour diminuer la température corporelle est la production abondante de sueur. Cette sudation extrême est responsable d’une déshydratation. La sudation est entravée par une forte hygrométrie (c’est-à-dire quand l’air est trop humide) et le port de vêtements imperméables.  A noter qu’elle est possible uniquement si l’apport hydrique est maintenu (n’oubliez pas de vous hydrater).

L’hyperthermie résulte du dépassement de ces mécanismes de thermorégulation.

Conséquences de l’hyperthermie maligne d’effort

L’hyperthermie a des conséquences sur l’ensemble des organes, on parle alors de défaillance multi-viscérale. Les systèmes touchés sont :

          le système nerveux central

          le foie 

          les muscles

          le rein

          le cœur

          les mécanismes de la coagulation

Des molécules particulières appelées cytokines sont produites en réponse à l’hyperthermie. Ces cytokines seraient responsables des défaillances multi-viscérales.

Par ailleurs, il est maintenant établi qu’au cours de l’exercice physique intense et prolongé il y a une augmentation de la perméabilité intestinale provoquée par la chaleur (l’intestin devient une « passoire »). De plus l’intestin est moins bien vascularisé pendant l’exercice. Cet intestin “passoire” va alors laisser passer dans le sang des éléments bactériens contenu dans le tube digestif. Ce sont ces éléments bactériens, appelés endotoxines, pourvoyeuses d’inflammation, qui sont à l’origine des défaillances d’organes [5]. 

Facteurs de risques de l’hyperthermie maligne [6]

1. Les conditions météorologiques

  •       Une température anormale supérieure à 25°, et surtout une ambiance thermique chaude anormale.
  •       Un sport pratiqué pendant les heures les plus chaudes.
  •       L’absence des zones d’ombre dans le parcours
  •       Les facteurs les plus dangereux sont une humidité relative élevée et l’absence de vent car tous deux s’opposent à l’évaporation de la sueur.

2. Les erreurs d’alimentation et d’hydratation

La survenue d’hyperthermie maligne d’effort est en corrélation avec l’état de déshydratation. Il faut boire avant d’avoir soif. Ne pas « sauter » les ravitaillements et si besoin s’asperger d’eau fraîche pendant l’effort.

3. La mauvaise condition physique et la fatigue

La fatigue, le manque de sommeil, l’anxiété, une prise d’alcool, le surpoids, une maladie chronique, … contribuent également à une mauvaise réponse du corps à la chaleur.

4. La prise de médicaments et le dopage

La prise de médicaments peut masquer également nos bons réflexes de survie. Le dopage, en reculant les limites physiologiques est source d’hyperthermie.

5. Un état fébrile ou une maladie

Il ne faut jamais réaliser un effort ou participer à une compétition si l’on présente de la température ou si l’on sort d’un état viral.

6. Une pratique mal adaptée

Équipement non adapté, vêtements trop lourds et non aérés, matériel sportif mal réglé, effort trop long, sac à dos créant un écran anti aération, repos et hydratation non respectés, etc.

Les symptômes ressentis en cas d’hyperthermie maligne

Classiquement le début est brutal avec effondrement, perte de connaissance, parfois accompagnée de convulsions.

Cependant, il peut y avoir des symptômes annonciateurs généralement négligés par le runner. Les manifestations les plus souvent rencontrées sont une fatigue marquée à laquelle s’associe de façon variable des crampes musculaires, une soif intense, des céphalées, des troubles du comportement à type de sensations vertigineuses, de confusion, voire d’agressivité, ainsi que des troubles digestifs à type de douleurs abdominales, de nausées ou vomissements et parfois de diarrhée.

 Dans tous les cas, le syndrome neurologique est au premier plan avec des troubles de conscience constants.

Que faire en cas de coup de chaleur [6, 7] ?

Le point crucial du traitement du coup de chaleur réside dans la réalisation d’un refroidissement efficace et précoce.

En l’absence de la présence de médecins, de secouristes ou de personnel médical ou paramédical compétent, il faut tout de suite vous refroidir. On s’asperge avec de l’eau, on se met à l’ombre, et on essaie de se ventiler en provoquant un courant d’air.

Il ne faut surtout pas prendre de médicaments. En effet, votre état pourrait s’aggraver.

L’hyperthermie maligne d’effort se doit d’être connue des sportifs. Quelques gestes simples de prévention vous permettront de l’éviter. Ne négligez pas votre hydratation, que ce soit à la maison ou en compétition.

Bibliographie

[1] Hales JRS, Richards DAB, editors. Heat stress: physical exertion and environment. Amsterdam : Excerpta Medica ; 1987 Proceedings of the1st World Conference on heat stress : physical exertion and environment, Sydney, Australia, 27 avril-1 mai, 1987

[2] Epstein Y, Moran S, Shapiro Y, Shermer J. Exertional heat stroke : a case series. Med Sci Sports Exerc 1999 ; 31 : 224-8

[3] http://medecinetropicale.free.fr/cours/hyperthermie.pdf

[4] http://www.astrium.com/file/Coup%20de%20chaleur.pdf

[5] C. Salathé, C. Pellaton, L. Vallotton, M. Coronado, L. Liaudet. Le coup de chaleur d’exercice. Rev Med Suisse 2012 ; 8 : 2395-9

[6] https://www.irbms.com/hyperthermie/

[7] Médecine du sport Pour le praticien. Elsevier Masson. 5e édition.

Un article rédigé par :

Pauline Six – Médecin du sport 

 

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