La cryothérapie corps entier: effet mode ou véritable efficacité ?

La cryothérapie est une méthode utilisée par certains sportifs, surtout dans le haut niveau, avec des ambitions de meilleure récupération musculaire. La cryothérapie corps entier est arrivée récemment sur le sol français. Elle consiste en une immersion, tête comprise ou non, à des températures extrêmement basses (inférieures à –100°C) sur un laps de temps très court (2 à 4 minutes), dans une pièce ou dans une cabine. Comment se déroule une séance ? Quels effets peut-on espérer de cette technique ?

Histoire de la cryothérapie [1,2]

Le froid est utilisé à des fins thérapeutiques depuis bien longtemps. Déjà dans les « aphorismes d’Hippocrate » (460–377 avant JC), on retrouve l’utilisation de neige ou de glace à des fins antalgiques, anti-inflammatoires et anti-œdémateuses.

Il faut distinguer plusieurs formes de cryothérapies : la cryothérapie « locale » appliquée à l’aide d’une petite poche de glace, l’immersion en eau froide et enfin la cryothérapie corps entier dans les chambres froides (air sec refroidi).

La cryothérapie corps entier est née au Japon en 1978 avec les travaux du Pr YAMAUCHI. Il voulait que les bénéfices de la cryothérapie locale puissent être élargis à l’ensemble du corps dans le but de traiter les pathologies rhumatismales inflammatoires chroniques. Le froid dans les caissons créés par YAMAUCHI provient de l’azote liquide.

Cette idée d’exposition aux basses températures fut reprise et développée au début des années 80 en Allemagne par le Pr FRICKE. En 1985, il créé un appareil qui n’utilise plus l’azote liquide, mais le principe du réfrigérateur. Trois gaz frigorifiques subissent trois cascades de compression afin d’obtenir un air sec et froid. L’appareil est constitué d’une chambre à -110°C à laquelle on accède par un ou deux sas afin de limiter les écarts brutaux de température. À partir de cette date, la cryothérapie corps entier va se développer. La cryothérapie corps entier arrive en France via le monde sportif. Le premier appareil a été installé au Centre européen de rééducation du sportif de Cap Breton en 2002.

Constitution d’une chambre de cryothérapie

Il existe plusieurs deux types de chambres de cryothérapie : la chambre cryogénique et la cabine cryogénique.

La chambre cryogénique

La chambre cryogénique est constituée de 2 pièces minimum : la chambre préliminaire et la chambre principale. La chambre principale est celle où la température est maintenue à -110°C environ. Les pièces précédant l’entrée dans la chambre principale permettent de maintenir une bonne isolation du monde extérieur de cette pièce afin de conserver sa température à -110°C.

Image : Chambre cryogénique (2 pièces). Criotec© [1]

La cabine cryogénique

Le « cryosauna » est une cabine individuelle où la température est comprise entre –120°C et –140 °C. Ce type de matériel est plus économique, plus facilement transportable et la communication entre le sujet et le thérapeute est plus aisée.

Image : Cabine individuelle « Cryosauna® » fonctionnant à l’azote liquide. Criotec©. [1]

Dans tous les cas, le principe de la cryothérapie corps entier veut que l’environnement à l’intérieur de la pièce, soit totalement sec. L’absence d’humidité permet à l’organisme de résister à de telles variations de température sans provoquer d’hypothermie ou tout autre traumatisme lié au froid.

La cryothérapie corps entier vise à créer un choc thermique, c’est-à-dire à abaisser la température cutanée au maximum et en un minimum de temps.

Déroulement d’une séance de cryothérapie

Quelques conseils pour votre séance

Une précaution importante est d’avoir la peau sèche, il est donc impératif de ne pas avoir pratiqué d’activité physique ni d’avoir pris de douche juste avant la séance (dans l’heure précédant). Il faut enlever tout objet métallique (piercing, bijoux, …). En cas de port de lentilles de contact, celles-ci sont également à retirer.

Le déroulement de la séance de cryothérapie

Vous devrez vous mettre en sous-vêtements ou en maillot de bain.

Vous allez être équipés de protection pour protéger vos extrémités du corps qui sont plus sensibles au froid (bonnet, gants, chaussettes, lunettes si la tête est immergée)

La durée d’une séance est variable d’un sujet à l’autre, en fonction de sa tolérance, mais la zone thérapeutique est comprise entre 3 et 4 minutes.

Les effets de la cryothérapie sur votre corps [3-8]

Les effets antalgiques

La cryothérapie corps entier désorganise la réponse à la douleur. Le choc thermique induit un ralentissement de la transmission du message douloureux. Lorsque les messages douloureux arrivent au niveau du cerveau, ceux-ci sont désorganisés. Cela aboutit à une diminution de la perception douloureuse.

Les effets hématologiques (sur le sang)

La cryothérapie corps entier diminue l’hémolyse (destruction des globules rouges) induite par l’activité physique intense. A noter que n’ayant pas d’action sur la moelle osseuse (lieu de maturation des globules rouges), la cryothérapie corps entier n’est pas considérée comme dopante.

Les effets anti-oxydants

La cryothérapie corps entier semble avoir un effet positif sur le stress oxydant lié à la pratique sportive. C’est surtout l’exposition répétée qui permettrait une adaptation du corps au stress oxydant.

Les effets anti-inflammatoires

Elle permettrait de diminuer les molécules pro-inflammatoires (qui provoquent l’inflammation) et d’augmenter les molécules anti-inflammatoires.

Les effets musculaires

La cryothérapie corps entier permet de diminuer la production d’enzymes musculaires (CPK : Créatine PhosphoKinase) et de lactactes induite par l’exercice.

Les effets de la cryothérapie sur votre pratique sportive

Plusieurs études se sont intéressées aux bénéfices potentiels de la cryothérapie corps entier dans le milieu sportif.

Cependant les résultats des études sont à ce jour insuffisants car peu robustes ou contradictoires. La cryothérapie corps entier a selon certains une bonne efficacité sur la récupération musculaire, selon d’autres pas plus d’efficacité que les autres méthodes déjà utilisées [7,8,10].

Par exemple, une étude réalisée après un marathon [9] a montré que la cryothérapie corps entier n’est pas plus efficace que le placebo.

Ainsi, en l’absence de preuves scientifiques solides, les moyens cryothérapie « bon marché » (bains d’eau froide, poche de glace, …) offrent des effets physiologiques et cliniques comparables à la cryothérapie corps entier.

Les contre-indications de la cryothérapie corps entier

Les contre-indications ont fait l’objet d’un consensus à Bad Vöslau, en Autriche, en février 2006 [11].

Les contre-indications absolues sont :

  •       Tension artérielle élevée non traitée
  •       Infarctus datant de moins de six mois
  •       Pathologies sévères des systèmes respiratoires et cardio-vasculaires
  •       Angine de poitrine non stabilisée
  •       Port d’un stimulateur cardiaque
  •       Pathologie obturante artérielle périphérique (Stades de Fontaine III et IV)
  •       Syndromes post-thrombotiques
  •       Pathologies aiguës des voies respiratoires
  •       Pathologies aiguës des reins et des voies urinaires
  •       Forte anémie
  •       Réactions allergiques au froid
  •       Tumeurs
  •       Infections cutanées bactériennes ou virales
  •       Epilepsie
  •       Alcoolisme ou toxicomanie

Les contre-indications relatives ne seront pas détaillées. On citera juste la grossesse à partir du 4e mois et le syndrome de Raynaud.

La cryothérapie corps entier, bien que tentante pour de nombreux sportifs est à prendre avec précaution. Les résultats des études sont à ce jour plutôt décevants. Cependant il ne faut pas remettre en cause les vertus du traitement par le froid. Les traitements dits « marché » offrent des effets physiologiques et cliniques comparables à la cryothérapie corps entier. Ne vous privez pas des moyens simples.

Bibliographie

[1] Adam, J. (2014). Cryothérapie corps entier : histoire, concept et matériel. Kinésithérapie, La Revue, 14(152-153), 41–44. doi:10.1016/j.kine.2014.06.005

[2] https://www.mecotec.fr/wp-content/uploads/2017/11/Fr-These-Dr-barbiche.pdf

[3] https://www.lamedecinedusport.com/dossiers/la-cryotherapie-corps-entier-cce/

[4] Intérêt de la cryothérapie chez le sportif. Présentation du Pr KAUX. CHU Université de Liège – Belgique

[5] Hausswirth, C., Bieuzen, F., Barbiche, E., & Brisswalter, J. (2010). Réponses physiologiques liées à une immersion en eau froide et à une cryostimulation-cryothérapie en corps entier : effets sur la récupération après un exercice musculaire. Science & Sports, 25(3), 121–131. doi:10.1016/j.scispo.2009.12.001

[6] Banfi, G., Lombardi, G., Colombini, A., & Melegati, G. (2010). Whole-Body Cryotherapy in Athletes. Sports Medicine, 40(6), 509–517. doi:10.2165/11531940-000000000-00000 

[7] Rose, C., Edwards, K., Siegler, J., Graham, K., & Caillaud, C. (2017). Whole-body Cryotherapy as a Recovery Technique after Exercise: A Review of the Literature. International Journal of Sports Medicine, 38(14), 1049–1060. doi:10.1055/s-0043-114861

[8] Costello, J. T., Baker, P. R., Minett, G. M., Bieuzen, F., Stewart, I. B., & Bleakley, C. (2016). Cochrane review: whole-body cryotherapy (extreme cold air exposure) for preventing and treating muscle soreness after exercise in adults. Journal of Evidence-Based Medicine, 9(1), 43–44. doi:10.1111/jebm.12187

[9] Wilson, L. J., Cockburn, E., Paice, K., Sinclair, S., Faki, T., Hills, F. A., … Dimitriou, L. (2017). Recovery following a marathon: a comparison of cold water immersion, whole body cryotherapy and a placebo control. European Journal of Applied Physiology, 118(1), 153–163. doi:10.1007/s00421-017-3757-z

[10] Hausswirth, C., Louis, J., Bieuzen, F., Pournot, H., Fournier, J., Filliard, J.-R., & Brisswalter, J. (2011). Effects of Whole-Body Cryotherapy vs. Far-Infrared vs. Passive Modalities on Recovery from Exercise-Induced Muscle Damage in Highly-Trained Runners. PLoS ONE, 6(12), e27749. doi:10.1371/journal.pone.0027749

[11] Déclaration de consensus au sujet de la Cryothérapie du Corps Entier (CCE) –  Bad Vöslau, Basse-Autriche –  février 2006. http://sfcce.fr/wp-content/uploads/2015/09/consensus-FR-de-Bad-Vosla%C3%BC.pdf

Un article rédigé par :

Pauline Six – Médecin du sport 

 

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