Acide hyaluronique et viscosupplémentation, les alliés des runners pour soulager leurs douleurs ?

Laurent, coureur régulier âgé de 57 ans n’en peut plus de ses douleurs de genou qui le limitent dans sa pratique sportive. Il a entendu parler de viscosupplémentation dans son entourage. Cependant avant de franchir le cap, il aimerait en savoir plus sur cette option thérapeutique.

Petit point sur la viscosupplémentation

Une injection d’acide hyalyronique [1]

Dans une articulation saine, le cartilage est recouvert par un liquide à la fois élastique et visqueux : le liquide synovial. Il lubrifie, nourrit et protège l’articulation grâce à ses propriétés amortissantes. Ce liquide synovial est fabriqué par la membrane synoviale qui tapisse les parois de la cavité articulaire. L’acide hyaluronique est un composé essentiel du liquide synovial.

Lors du vieillissement, des phénomènes arthrosiques se produisent. Dans une articulation touchée par l’arthrose, l’acide hyaluronique est moins abondant. Le liquide synovial perd alors son élasticité et absorbe moins bien les chocs.

L’intérêt de la viscosupplémentation

La viscosupplémentation consiste à injecter de l’acide hyaluronique directement dans l’articulation touchée par l’arthrose, pour compenser la perte de qualité (élasticité) et de quantité d’acide hyaluronique présent naturellement dans le liquide synovial.

L’acide hyaluronique permet [2] :

  •   de diminuer les douleurs dans les mouvements
  •   d’améliorer la mobilité articulaire
  •   de diminuer la prise d’antalgiques
  •   de réduire la prise d’anti-inflammatoires
  •   de retarder de plusieurs années la pose d’une prothèse.

Déroulement de la viscosupplémentation

La viscosupplémentation se déroule lors d’une consultation au cabinet médical.

Les médecins habilités à réaliser ce geste sont : les rhumatologues, les médecins de rééducation et réadaptation fonctionnelle, les chirurgiens orthopédistes, les médecins du sport et les radiologues.

Un protocole d’antisepsie (désinfection de la peau) rigoureuse sera systématiquement réalisé. Ensuite le médecin introduira l’aiguille en regard de la zone douloureuse.  Une fois l’aiguille introduite, le médecin tentera de retirer du liquide. On appelle ce geste ponction.

Ensuite dans un second temps, le médecin réalisera l’injection d’acide hyaluronique.

L’aiguille sera ensuite retirée. Le point de ponction sera comprimé pendant quelques secondes. Un pansement sec sera mis en place et sera maintenu pendant 24 heures.

Il faut compter environ 15 à 20 minutes pour la réalisation de ce geste.

Image : viscosupplémentation du genou [3]

A ne pas oublier avant une viscosupplémentation [4]

Il est important de signaler au médecin toute fièvre, toute infection quelconque, toute lésion cutanée, toute prise d’aspirine et/ou d’anti-coagulant dans les jours précédant l’examen, toute allergie à l’iode (pour l’utilisation de bétadine qui est un produit iodé).

La prise d’anticoagulants n’est pas une contre-indication au geste mais nécessite de prendre des précautions particulières.

Après le geste, un repos relatif de l’articulation ou du membre infiltré doit être prévu pendant 48 heures.

Effets secondaires et réactions possibles après la viscosupplémentation [4]

Elles sont rares.

La plus fréquente est une douleur au point d’injection dont il faudra avertir le coureur. Il est conseillé d’appliquer de la glace pendant 10 minutes, 4 fois par jour.

De manière moins fréquente, on peut observer une réaction inflammatoire du genou : gonflement modéré et/ou douleur. Il est ici conseillé d’associer glaçage et traitement anti-douleur de type paracétamol.

De manière rare, il peut survenir un gonflement du genou dans les 24 à 48 heures après l’injection. Il faut alors reprendre prenez contact avec votre médecin qui devra rechercher des signes d’infection intra-articulaire.

Dans quel cas avoir recours à la viscosupplémentation ?

La viscosupplémentation est très souvent pratiquée dans le genou (gonarthrose). Elle peut toutefois être proposée pour traiter d’autres articulations, comme la hanche, l’épaule ou la cheville par exemple.

En effet, la gonarthrose (arthrose du genou) est la pathologie pour laquelle l’efficacité de l’acide hyaluronique a été le plus évaluée. Elle est indiquée pour les stades modérés ou lorsqu’aucun traitement chirurgical n’est envisageable.

Les études montrent une efficacité des injections d’acide hyaluronique versus placebo (ici le placebo est une injection sans médicament dans la seringue) [1].

L’acide hyaluronique est moins efficace qu’une infiltration de corticoïde pendant le premier mois post-injection, mais plus efficace après un mois, avec un effet plus prolongé pouvant durer 6 à 12 mois dans les cas favorables [5].  

La viscosupplémentation peut également être proposée au sportif jeune qui présentent des remaniements micro-traumatiques au niveau de son cartilage. Les indications ne sont pas encore bien définies [6].

Ce que vous devez savoir avant une viscosupplémentation 

Déremboursement de la viscosupplémentation

La ministre de la Santé Mme Marisol Touraine a signé le 28 mars 2017, l’arrêté de déremboursement des dispositifs d’acide hyaluronique injectables dans l’arthrose. Cette décision a pris effet en juin 2017 [7].

Les actes d’injection de viscosupplémentation (consultations médicales) sont prises en charge par l’Assurance Maladie. Elles font l’objet d’un dépassement d’honoraires qui est remboursé par certaines mutuelles. L’acide hyaluronique est acheté en pharmacie par le coureur à ses frais depuis juin 2017. Il existe des traitements en mono ou en 3 injections. Les prix varient entre 70 et 120 euros environ pour un traitement.

Mono ou triple injection ?

La tendance actuelle est plutôt à la mono injection. La présente étude [8] suggère l’efficacité clinique d’une mono-injection de solution viscoélastique versus la triple injection.

Foire aux questions [9]

  •       En combien de temps une visco-supplémentation va-t-elle me soulager et pendant quelle durée ?

o   En règle générale, la visco-supplémentation agit en 3 à 4 semaines.

o   L’effet de la visco-supplémentation dépend des patients et surtout du stade d’arthrose. Plus l’arthrose est évoluée, moins le traitement sera efficace. Il peut durer jusqu’à 12 mois parfois.

  •       Combien de visco-supplémentation puis-je faire par an ?

o   On recommande de faire au maximum une injection par an d’acide hyaluronique si celle-ci fonctionne. En effet, si une première injection ou série d’injection n’a pas fonctionné, la deuxième aura peu de chance de fonctionner. Il faudra alors trouver une autre solution pour soulager les douleurs.

La viscosupplémentation permet donc de redonner de l’élasticité à une articulation abîmée. Elle ne permet pas de guérir mais permet de passer un cap douloureux. C’est un geste simple avec peu d’effets indésirables. Il permet donc de rendre service à certains d’entre vous.

Bibliographie

[1] Richette, P. (2016). Viscosupplémentation au genou. Revue Du Rhumatisme Monographies, 83(3), 158–161. doi:10.1016/j.monrhu.2016.03.005

[2] https://www.chirurgienorthopedisteparis.com/injection-acide-hyaluronique-viscosupplementation/

[3] https://www.arthrolink.com/fr/traitements/les-infiltrations/la-viscosupplementation

[4] https://www.medecinesportpau.fr/activites/toutes-nos-activites/visco-supplementation/

[5] Guerini, H., Ayral, X., Vuillemin, V., Morvan, G., Thévenin, F., Campagna, R., & Drapé, J.-L. (2012). Infiltrations sous échographie en pathologie ostéoarticulaire : principes généraux et précautions. Journal de Radiologie Diagnostique et Interventionnelle, 93(9), 715–720. doi:10.1016/j.jradio.2012.06.003

[6] Volante, J., & Bouvard, M. (2013). L’acide hyaluronique avant l’arthrose : à propos de 339 sportifs. Journal de Traumatologie Du Sport, 30(2), 76–83. doi:10.1016/j.jts.2013.02.002

[7] https://www.egora.fr/actus-medicales/rhumatologie/25385-arthrose-deremboursement-de-la-viscosupplementation

[8] Baron D, Flin C, Porterie J, Despaux J, Vincent P. Mono-injection intra-articulaire d’acide hyaluronique dans la gonarthrose : Étude multicentrique prospective ouverte (ART-ONE 75) avec comparaison post hoc versus placebo. Curr Ther Res Clin Exp. 2018;89:7–19. Published 2018 Aug 1. doi:10.1016/j.curtheres.2018.07.002

[9] http://centre-osteo-articulaire.fr/index.php?page=la-visco-supplementation

Un article rédigé par :

Pauline Six – Médecin du sport

 

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