Les probiotiques : des bactéries qui aident les runners à performer ?

Saviez-vous que votre corps est un véritable hôtel pour les bonnes bactéries et autres micro-organismes? Non? Et pourtant! Plus nombreux que vos propres cellules, vous entretenez une véritable symbiose avec elles.

En leur apportant protection et nutriments, elles vous rendent un grand nombre de services. Particulièrement présents au niveau de votre système digestif, les bactéries y jouent un rôle très important.

Afin d’améliorer cette symbiose, vous êtes de plus en plus nombreux à consommer des probiotiques. Réel concentré de “bonnes” bactéries, les scientifiques sont encore loin d’avoir établi l’étendue de leur “pouvoirs”.

Vous souhaitez améliorer vos performances de course? Les probiotiques sont peut-être la solution que vous attendiez! 

Des bactéries au service du runner

Si les bactéries et autres micro-organismes sont bien souvent considérés comme néfastes pour la santé, ils jouent pourtant un rôle très important dans l’état physiologique, particulièrement au niveau de votre système digestif. Anciennement nommé flore intestinale, le microbiote représente l’ensemble des micro-organismes travaillant en symbiose avec vos propres cellules. Saviez-vous qu’ils sont 2 à 10 fois plus nombreux que les cellules de votre organisme? Presque un nouvel organe à part entière!

Ces dernières années, les découvertes scientifiques sur le rôle du microbiote ne cessent d’abonder. Leur influence est tellement large qu’il est difficile de les résumer. Comme un écosystème, le microbiote est constitué d’espèces dominantes, sous dominantes et contaminantes. Un équilibre entre ces différentes catégories permet de garantir un état stable et une bonne santé. Elles ont quatre grandes fonctions :

  • digestive
  • métabolique 
  • immunitaire 
  • neurologique 

La moindre modification va avoir un impact sur l’état physiologique de l’organisme, et peut être à la source de certaines pathologies, notamment des maladies auto-immunes et inflammatoires, mais également neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer, de Parkinson, ou encore, le syndrome autistique ou dépressif [1].

Chez le sportif, particulièrement sujet aux troubles intestinaux et inflammatoires, le microbiote semble constituer une piste intéressante dans l’amélioration de l’état physique. 

Le microbiote du runner

Le microbiote s’acquiert dès la naissance. Il évolue en fonction de votre mode de vie et votre consommation de médicaments. L’alimentation constitue également un élément particulièrement important. Certaines études ont montré que selon la composition de l’alimentation, certaines espèces de bactéries seront favorisées au détriment d’autres [2]. Par exemple, un individu ayant un régime végétarien n’aura pas le même microbiote qu’avec un régime omnivore. 

Les études menées chez les sportifs ont également mis en évidence une plus grande variété au sein de leur microbiote comparativement aux individus sédentaires [3]. Selon ces résultats, l’activité physique aurait un effet protecteur et même avantageux contre la dysbiose (déséquilibre du microbiote intestinal). Cependant, les études n’excluent pas la possibilité que ce soit le régime alimentaire associé à la pratique sportive qui soit à l’origine de cet enrichissement.  

Si le running ou le régime qui y est associé sont à la base de modifications positives pour la santé du sportif, il est facile d’imaginer aller plus loin. Le microbiote, et plus particulièrement la prise de probiotiques aurait-elle la capacité d’améliorer les performances?

Influencer le microbiote pour améliorer ses performances

Lors de la survenue d’une dysbiose, le premier geste à adopter est la prise de probiotiques. A savoir, des compléments composés de souches de bactéries spécifiquement sélectionnées. En se basant sur le fait que le microbiote peut influencer négativement ou positivement l’état physiologique d’un individu, les chercheurs se sont intéressés aux conséquences qu’auraient l’enrichissement du microbiote chez le sportif et donc au potentiel effet ergogénique des probiotiques. 

Pour cela, différentes espèces de bactéries (Bacillus coagulus, Lactobacillus fermentum, Lactobacillus rhamnosus,…) ont été testées sur un certains nombre de fonctions physiologiques. Les effets observés sont les suivants : 

  • amélioration des fonctions digestives [4], diminution de la perméabilité intestinale [9]
  • amélioration des fonctions immunitaires [4], réduction du temps d’infection et des symptômes [5,6], sans effet sur la survenue des infections (voies respiratoire supérieures en général) [6,8,10]
  • amélioration de l’absorption des protéines et ainsi de la récupération musculaire [4]
  • diminution de l’inflammation post exercice [4,9] 
  • pas d’effet sur les allergies [7]
  • augmentation de l’endurance [9]

Les résultats obtenus dans ces différentes études semblent montrer une amélioration générale de l’état du sportif d’endurance, après une cure de probiotiques. Il faut néanmoins garder à l’esprit que ces résultats sont obtenus sur de petits groupes d’individus, souvent sportifs de haut niveau, et non pas “monsieur tout le monde”. De plus, les souches (espèces) de bactéries utilisées ne sont jamais les mêmes d’un protocole à l’autre. En conséquence, bien que des effets positifs soient démontrés, il reste encore nécessaire de comprendre comment certains probiotiques améliorent certaines axes de performances au lieu de les détériorer. 

Le runner doit-il prendre des probiotiques ?

Les probiotiques contenant de “bonnes bactéries” naturellement présentes dans votre organisme, ne constituent pas un réel danger en complémentation. Libre à vous de tester leurs potentiels effets positifs sur la santé, surtout si vous souffrez régulièrement de troubles digestifs. Attention néanmoins de ne pas en abuser. Certaines études actuelles tendent à remettre en question leur innocuité [11]. Nous vous conseillons donc de consulter un professionnel de santé avant d’entreprendre une cure de probiotiques. 

Sachez qu’il est aussi possible de retrouver les probiotiques de manière naturelle dans certains aliments. Ils se situent principalement dans les produits fermentés de type laitages (yaourts, kéfir, kombucha, fromages,…), légumes fermentés (choucroute, olives, cornichons, miso, shoyu,…), levures…

En conclusion

L’intestin est un écosystème  sensible et très important dans l’équilibre général de l’Homme. Il est même qualifié par certains de 2ème cerveau.

L’activité physique et les facteurs de stress liés à l’hygiène de vie peuvent entraîner des déséquilibres de la flore intestinale. Les probiotiques apparaissent être une solution intéressante pour pallier ces déséquilibres, cependant la prise doit être accompagnée par des professionnels avertis afin de cibler les probiotiques déficitaires et d’éviter les effets secondaires.

Bibliographie

[1] DE, P. L. D. D. E. (2017). Microbiote et cerveau: corrélation avec les pathologies neurologiques et psychiatriques (Doctoral dissertation, UNIVERSITE TOULOUSE III).

[2] Singh, R. K., Chang, H. W., Yan, D., Lee, K. M., Ucmak, D., Wong, K., … & Bhutani, T. (2017). Influence of diet on the gut microbiome and implications for human health. Journal of translational medicine, 15(1), 73.

[3] Clarke, S. F., Murphy, E. F., O’Sullivan, O., Lucey, A. J., Humphreys, M., Hogan, A., … & Kerins, D. M. (2014). Exercise and associated dietary extremes impact on gut microbial diversity. Gut, 63(12), 1913-1920

[4] Jäger, R., Shields, K. A., Lowery, R. P., De Souza, E. O., Partl, J. M., Hollmer, C., … & Wilson, J. M. (2016). Probiotic Bacillus coagulans GBI-30, 6086 reduces exercise-induced muscle damage and increases recovery. PeerJ, 4, e2276.

[5] Cox, A. J., Pyne, D. B., Saunders, P. U., & Fricker, P. A. (2010). Oral administration of the probiotic Lactobacillus fermentum VRI-003 and mucosal immunity in endurance athletes. British Journal of Sports Medicine, 44(4), 222-226.

[6] Kekkonen, R. A., Vasankari, T. J., Vuorimaa, T., Haahtela, T., Julkunen, I., & Korpela, R. (2007). The effect of probiotics on respiratory infections and gastrointestinal symptoms during training in marathon runners. International journal of sport nutrition and exercise metabolism, 17(4), 352-363.

[7] Moreira, A., Kekkonen, R., Korpela, R., Delgado, L., & Haahtela, T. (2007). Allergy in marathon runners and effect of Lactobacillus GG supplementation on allergic inflammatory markers. Respiratory medicine, 101(6), 1123-1131.

[8] Gleeson, M., Bishop, N. C., Oliveira, M., McCauley, T., Tauler, P., & Lawrence, C. (2012). Effects of a Lactobacillus salivarius probiotic intervention on infection, cold symptom duration and severity, and mucosal immunity in endurance athletes. International journal of sport nutrition and exercise metabolism, 22(4), 235-242.

[9] Shing, C. M., Peake, J. M., Lim, C. L., Briskey, D., Walsh, N. P., Fortes, M. B., … & Vitetta, L. (2014). Effects of probiotics supplementation on gastrointestinal permeability, inflammation and exercise performance in the heat. European journal of applied physiology, 114(1), 93-103.

[10] Jespersen, L., Tarnow, I., Eskesen, D., Morberg, C. M., Michelsen, B., Bügel, S., … & Calder, P. C. (2015). Effect of Lactobacillus paracasei subsp. paracasei, L. casei 431 on immune response to influenza vaccination and upper respiratory tract infections in healthy adult volunteers: a randomized, double-blind, placebo-controlled, parallel-group study. The American journal of clinical nutrition, 101(6), 1188-1196.

[11] Suez, J., Zmora, N., Zilberman-Schapira, G., Mor, U., Dori-Bachash, M., Bashiardes, S., … & Horn, M. (2018). Post-antibiotic gut mucosal microbiome reconstitution is impaired by probiotics and improved by autologous FMT. Cell, 174(6), 1406-1423.

Un article rédigé par :

Camille Lamy – Experte en nutrition du sport

 

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