Périostite, quand le périoste des coureurs s’enflamme

Périostite, une blessure bien connue du coureur à pied. Mieux la comprendre pour l’éviter et garder les baskets aux pieds !

Définition

La périostite tibiale, ou shin splints en anglais, est une inflammation du périoste au niveau du tibia [1]. Elle se traduit par une douleur de la face médiale du tibia à son tiers inférieur. Cette affection est très fréquente chez les sportifs pratiquant des courses de fond (cross, steeple, course sur route…) [1]. 

Un petit point sur le périoste

Avant de parler de la pathologie en elle-même, expliquons ce qu’est le périoste [2]. C’est une membrane qui entoure de manière quasi-continue les os longs, restant absente des surfaces articulaires, des zones d’insertion tendineuses ainsi que de la surface des os sésamoïdes.  Le périoste est innervé (contrairement à l’os) et vascularisé.  

Le périoste assure la croissance en « épaisseur » de l’os

Ce périoste est composé d’une couche externe fibreuse et d’une couche interne ostéoblastique où est assurée la croissance osseuse. 

C’est également sur ce tissu que s’insèrent les parties tendineuses des muscles et les ligaments. 

Physiopathologie et facteurs favorisant la périostite

Le mécanisme physiopathologique n’est pas très bien connu et porte à controverse. 

Il semble toutefois que cette périostite résulte de contraintes anormales au niveau de l’os provoquées par une hypersollicitation des insertions osseuses des muscles du plan postérieur de la jambe : tibial postérieur, fléchisseur commun des orteils, long fléchisseur de l’hallux (gros orteil), soléaire. 

Il retrouve un certain nombre de facteurs favorisants [3] liés soit à la pratique, soit à l’individu.

Le sport :

• Courses de longue durée, steeple, cross sur terrain sec

• Jogging avec défauts techniques et chaussage inadapté

• Sports pratiqués sur des surfaces synthétiques avec sauts, impulsions, démarrages rapides

Les défauts techniques de course et de matériel :

• Défaut d’alignement des foulées avec rotation externe du membre inférieur

• Course sur le bord interne du pied avec hyperpronation

• Pied en abduction à la phase propulsive de la foulée

• Épaulement de la route induisant une pronation du pied central

• Chaussures inadaptées à la morphologie du pied : axes droits ou axes courbes, mauvais serrage antérieur, coque talonnière trop large, semelle inadaptée à la surface

Les facteurs individuels

• Pieds plats valgus

• Rotation externe de hanche

• Niveau de pratique et changement de l’intensité de l’entraînement

• Échauffement insuffisant, étirements sous-estimés, hydratation et nutrition inadaptées

Le facteur le plus souvent cité comme cause de cette blessure est l’hyperpronation [4]. 

L’hyperpronation :

Le contrôle de la pronation produit la surutilisation des muscles supinateurs (muscles antagonistes de la pronation). 

De ce fait, plus la pronation est marquée, plus le contrôle sera important. Les contractions répétées des muscles supinateurs « tirent » sur le périoste et provoquent à terme son inflammation. Néanmoins, la pronation du pied n’est pas à bannir totalement. Elle a un rôle important dans l’absorption du choc lors de la première partie de la phase d’appui [5], à condition que cette pronation reste dans les valeurs physiologiques.

Les symptômes et l’examen clinique

La symptomatologie est essentiellement axée sur l’existence d’une douleur progressive étendue le long du bord postéro-médial du tibia sur environ 10 cm [3]. 

La douleur survient plutôt lors de l’échauffement ou du footing ou encore lors des sauts-impulsions mais pas lors du sprint. Une boiterie peut être constatée au refroidissement. Cette douleur est reproductible à la palpation des 2/3 inférieur du tibia. 

L’examen peut mettre en évidence une tuméfaction allongée le long de la face antéro-interne du tibia de faible épaisseur. 

Les examens complémentaires

Les radiographies sont le plus souvent normales [6], elles peuvent parfois montrer des appositions périostées linéaires par rapport à l’axe du tibia. 

La scintigraphie peut quant à elle être normale ou révéler une hyperfixation modérée et étendue.

En fait, le problème majeur posé par la périostite est celui du diagnostic différentiel. En effet, il ne faut pas passer à côté d’autre chose. Cela justifie le recours à la consultation en médecine du sport ! En effet, 4 affections doivent être évoquées systématiquement devant une douleur tibiale chez un sujet jeune : une fracture de fatigue, un syndrome de loge, une tendinopathie du jambier antérieur, une tumeur osseuse.

La rééducation

Une fois encore le repos et la prise en charge rééducative sont les clés du traitement. Il faut aussi corriger le facteur déclencheur (type d’entraînement, matériel, etc). 

Les deux premières semaines, plusieurs traitements peuvent êtres envisagés :

  • Repos : arrêt de la course.
  • Electrothérapie
  • Ondes de choc 
  • Cryothérapie (poches de glace)
  • Massage transverse profond 
  • K-Taping (afin de soulager les tractions musculaires exercées sur le périoste).
  • Étirements passifs doux 

À partir de la troisième semaine, on commence la réathlétisation. Les massages sont poursuivis ainsi que les étirements. On rajoute des étirements en charge (avec le poids du corps) (voir images).

A gauche : étirement du triceps sural genou tendu ; à droite : étirement du triceps sural genou fléchi [7]

Entre la 3ème et la 4ème semaine, progressivement, et sous réserve de la disparition des douleurs à la marche, on introduit la course sur terrain souple (15-20 mn). La durée est progressivement augmentée.

La périostite est une inflammation de l’os causée par des micro-traumatismes répétés. Pour se débarrasser de ce désagrément il faut adapter sa pratique et son environnement. Le diagnostic est facile mais devant un doute clinique, il n’est pas inutile de s’aider d’examens paracliniques. Du repos, de la rééducation et… à long terme de la prévention !

Bibliographie

[1] Reshef, Noam et al. Medial Tibial Stress Syndrome. Clinics in Sports Medicine, Volume 31, Issue 2, 273 – 290

[2] D. Moukoko, Le périoste vascularisé et la reconstruction osseuse, Chirurgie de la Main, Volume 29, Supplement 1, 2010, Pages S214-S220

[3] Chanussot J-C, Danowski R-G. Traumatologie du sport. Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine): Elsevier Masson; 2012.

[4] Galbraith RM, Lavallee ME. Medial tibial stress syndrome: conservative treatment options. Curr Rev Musculoskelet Med. 2009;2(3):127–133. Published 2009 Oct 7. doi:10.1007/s12178-009-9055-6

[5] T. F. Novacheck, “The Biomechanics of Running,” Gait & amp; Posture, Vol. 7, No. 1, 1998, pp. 77-95. doi:10.1016/S0966-6362(97)00038-6

[6] Labareyre, H, Rodineau J.Les fractures de fatigue chez le sportif. Paris : Masson, c2000.

[7] Florence JOLIVET, la périostite tibiale, KinéSport n°534, juillet 2012

Un article rédigé par :

Pauline Six – Médecin du sport

 

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