Kinésiotaping, l’invasion des bandes colorées chez les coureurs

Vous avez sûrement déjà vu ces sportifs décorés de bandes de couleurs. A la télévision, sur internet, à l’entraînement. Tantôt rouge, tantôt bleue, ou encore couleur chair. Collées un peu partout sur la peau ces bandes ont envahi le monde sportif. Mais de quoi s’agit-il ?

Histoire du kinésiotaping

Il s’agit d’une méthode mise au point au Japon dans les années 70 par le Dr Kenzo Kase [1]. Celui-ci développe de nouveaux matériaux élastiques dont les propriétés sont calquées sur celles de la peau (élasticité, poids, épaisseur…) et nomme sa technique Kinésiotaping ou encore tape K-Active. Ces recherches ont démontré que cette bande appliquée sur l’épiderme avec une tension et une direction bien précise, entraîne les différentes structures anatomiques et crée une réaction en chaîne aboutissant à une libération immédiate de la tension douloureuse. Les lutteurs de sumo ont été les premiers à bénéficier de cette méthode, leur sport intense provoquant de nombreuses douleurs au niveau des tendons, épaules, chevilles, et genoux.

Actuellement venant d’Allemagne, sont apparus un nouveau matériel et une approche basés sur les mêmes principes : la technique Leukotape.

L’idée principale de cette technique est que la peau (plus grand organe sensoriel du corps) est l’élément capital dans tous les processus : information, douleur, mobilité. Par le biais de la peau, on exerce notamment une influence sur la fonction articulaire et musculaire mais surtout circulatoire, lymphatique et les nocicepteurs [2].

L’objectif principal n’est plus d’immobiliser une articulation ou restreindre un mouvement, comme nous le pratiquons classiquement avec le strapping classique. Au contraire, le but est de favoriser et conserver le plus possible une mobilité indolore, d’améliorer la proprioception ainsi que la circulation sanguine et lymphatique.

Les effets potentiels du kinésiotaping [3]

  •   Drainage lymphatique,
  •   Stimulant du système proprioceptif,
  •   Limitation de la douleur,
  •   Facilitateur articulaire,
  •   Stimulateur nociceptif,
  •   Restaurateur de la fonction articulaire,
  •   Soutien psychologique,
  •   Béquille neurologique,
  •   Aide à la récupération et à l’effort.

Le matériel de kinésiotaping [3]

Le matériel se présente sous forme de rouleaux de 5 m de long, disponibles en trois couleurs : rouge, bleu et chair. Ces bandes sont déjà préétirées d’environ 10% sur leur support papier ce qui produit, après la pose, un effet ondulatoire.

Pour cela, il faut d’abord préparer la zone du corps sur laquelle apposer la bande de kinésiologie. La peau qui sera en contact avec cette dernière devra être propre, épilée et sèche avant application.

Ensuite, il est indispensable de mesurer la longueur de la bande qui va être utilisée afin qu’elle soit assez longue. Les extrémités de la Kinésio tape doivent être coupées en arrondi pour une meilleure adhésion.

Les couleurs ont-elles un effet ?

Non, pas vraiment.

Si les propriétés mécaniques des bandes sont identiques quelle que soit la couleur utilisée, le rouge est généralement ressenti comme ayant un effet plutôt stimulant (rouge = chaleur), tandis que le bleu, ressenti comme ayant un effet plutôt calmant, relaxant (bleu = froid). La couleur chair est neutre.

La direction de pose des bandes a-t-elle un effet ? [2]

Si une bande est appliquée de l’origine du muscle vers sa terminaison (sens de la contraction musculaire), nous obtenons une augmentation du recrutement musculaire. Si, à l’inverse, la bande est posée de la terminaison du muscle vers son origine nous obtenons un effet relaxant avec une diminution significative du recrutement musculaire.

Techniques d’application du kinésiotape [3]

Il existe plusieurs techniques d’application en fonction de la zone et de la douleur à traiter.

Les plus utilisées sont les suivantes :

  •       Pose en I : Utilisée pour un effet de stabilisation, elle a une forme rectangulaire classique.
  •       Pose en X : Il s’agir de former un “X” avec deux bandes en “I”. Elle est notamment utilisée pour les douleurs dorsales.
  •       Pose en Y : Il suffit de couper la bande rectangle au milieu, sans aller jusqu’au bout.
  •       Pose en éventail : Utilisée lorsque le but est d’exercer un drainage lymphatique. Pour cela, il faut effectuer des franges sur la bande.

Les applications du kinésiotaping [4]

Correction musculaire

La blessure d’un muscle provoque une inflammation. Le liquide lymphatique va s’accumuler au niveau de la blessure pour y apporter les éléments nécessaires à sa cicatrisation. L’accumulation de lymphe va exercer une pression sur la loge musculaire, ce qui va exciter les récepteurs de la douleur et provoquer le phénomène douloureux. L’application de Kinésiotaping pourrait venir limiter cette pression et diminuer la douleur.

Correction mécanique

En positionnant la bande sur les muscles au pourtour d’une articulation, le K-taping va pouvoir stabiliser l’articulation et/ou améliorer les amplitudes articulaires.

Correction tendineuse

Grâce à un travail proprioceptif par stimulation des récepteurs de la proprioception, le Kinésiotaping peut avoir un effet sur le tendon (fragilité du tendon, tendinite, etc).

Correction lymphatique

A la suite d’une lésion d’un tissu, un œdème peut s’installer. C’est l’exemple de l’apparition d’un œdème dans les suites d’une chirurgie, du genou par exemple. Le liquide lymphatique circule alors moins vite que normalement et s’accumule, d’où le gonflement observé. Le Kinésiotaping permettrait de faciliter le drainage lymphatique.

Optimiser la durée de vie du kinésiotaping [3]

La bande est à usage unique : En cas de difficulté lors de la pose, il faut changer de bande et non pas la décoller et essayer de l’appliquer de nouveau.

La bande peut durer plus longtemps : Frotter la Kinésio tape après application permet d’améliorer l’adhésion. Elle peut durer jusqu’à 5 jours.

Elle est résistante l’eau : Il est possible de se doucher avec. Toutefois, il est préférable de la poser au minimum quelques heures avant de pratiquer une activité physique, car même si elle est imperméable, la bande se décollera plus facilement avec la sueur.

Quelques exemples de kinésiotaping [5]

Tendinopathie d’Achille

Le Kinésiotaping aura pour but de soulager le tendon d’achille (en rose), puis de détonifer les gastrocnémiens (en bleu). Enfin, une bande sera posée pour stabiliser la pince bimalléolaire. Ce Kinésiotaping est très utilisé lors des courses à pied.

Périostite tibiale

Un Kinésiotaping sera appliqué de façon tonifiante (en bleu) sur tout le trajet du tibial antérieur, simultanément un autre Kinésiotaping sera apposée sur le trajet du tibal postérieur pour le détonifier.

Les résultats des études scientifiques

Nous ne possédons pas de réelles preuves scientifiques quant aux effets du Kinésiotaping. Nous pouvons alors nous demander s’il s’agit seulement d’un effet placebo ou si cette méthode fonctionne et est plus performante que les autres.

L’effet placebo de la méthode existe probablement. En effet, il paraît licite que l’application d’un traitement sur une lésion versus pas de traitement encourage la perception « d’un mieux » pour le sportif. De plus, la part psychique étant importante dans les phénomènes douloureux, cela renforce cet argument.

Le point de vue de notre médecin du sport 

  •       L’effet placebo a certainement une place non négligeable dans la diminution des douleurs.
  •       Cette option thérapeutique n’étant pas nocive, le coureur n’a rien à craindre à essayer.
  •       Pour que ça marche, il faut savoir comment appliquer les bandes. Une formation s’impose donc.
  •       Il ne faut cependant pas se laisser porter par le lobbying des fabricants. S’en coller un peu partout n’a pas un grand intérêt.

L’effet des bandes de couleur n’a pas démontré ses preuves dans les études scientifiques. Cependant, il a permis d’aider un bon nombre de coureurs à rechausser leurs baskets. Cette méthode n’est donc pas complètement à bannir.

Bibliographie

[1] Kase K, Wallis J, Kase T. Clinical therapeutic approach of the kinesio taping method. Tokyo, Japan : Ken Ikai Co Ltd, 2003.

[2]Khelaf Kerkour, Jean-Louis Meier. Bandages adhésifs élastiques de couleur : description et application pratique. Rev Med Suisse 2009; volume 5. 1560-1563

[3] https://www.irbms.com/taping-en-sport/

[4] https://www.osteopathe-nandy-77.fr/blog/articles/kinesio-taping-l-explication-des-jolies-bandes-de-couleur

[5] https://www.podologue-sport.com/actualites/le-k-taping-lallie-dune-therapie-douce/

Un article rédigé par :

Pauline Six – Médecin du sport

 

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