La mésothérapie, une sorte d’acupuncture pour soulager vos blessures

La mésothérapie est une technique assez récente, notamment dans son utilisation en médecine du sport. Elle devient un nouvel outil simple pour soulager les maux des coureurs. Elle consiste en l’injection de faibles doses d’anti-inflammatoires, de décontractants ou d’anesthésiques à l’endroit où la douleur est ressentie.

Historique de la mésothérapie

La mésothérapie a été inventée en 1952 par le Dr Michel PISTOR. Il aimait à résumer cette thérapie par cette expression simple : « Peu, rarement et au bon endroit ». Cela voulait dire qu’il fallait utiliser de faibles doses, les injecter au bon endroit et de manière espacée. Le Dr PISTOR a été à l’origine de la création des sociétés française et internationale de mésothérapie. Cette pratique fait aujourd’hui l’objet d’un enseignement particulier pendant les études de médecine.

Déroulement d’une séance de mésothérapie

On utilise du matériel à usage unique avec de petites seringues, des aiguilles de faible calibre. Les injections se font soit par technique manuelle soit par technique assistée (avec injecteur électronique) toujours après avoir bien désinfecté la peau. On injecte le produit uniquement dans la peau. Celle-ci joue le rôle de « réservoir de médicaments » et permet la diffusion progressive du produit.

  Image : Pistolet de mésothérapie [1]

Image : Pistolet de mésothérapie [1]

Les injections peuvent se réaliser à différentes profondeurs de la peau et selon différentes techniques d’injection.  

En effet, la peau est composée de plusieurs couches. Du plus superficiel au plus profond, on retrouve : l’épiderme, le derme superficiel, le derme profond et l’hypoderme. Le médecin choisi la profondeur de l’injection en fonction de la couche de la peau qu’il veut cibler.

Différentes profondeurs d’injections et différentes techniques d’injections de mésothérapie [2]

Voici de manière illustrée plusieurs techniques d’injections de mésothérapie:

 Injection intra-épidermique (IED) [2]

On réalise des « traits » quasiment avec l’aiguille parallèle à la peau pour rester très superficiel. Le produit est libéré de manière continue. A la fin de la séance, on obtient un « quadrillage » de la peau à l’endroit ciblé.

Injection intra-dermique superficielle – nappage [2]

Cette fois l’aiguille est un peu plus inclinée. Le médecin va toujours réaliser des « traits », mais cette fois il va réaliser le geste de manière un peu plus lente et de temps en temps injecter des gouttes de produits. Cette fois la libération du produit n’est plus tout à fait continue.

Injection intra-dermique profonde – point par point [2]

Cette fois, l’aiguille est perpendiculaire à la peau. L’injection se réalise plus en profondeur, un point à la fois d’où son appellation « point par point ».

 

Produits utilisés en mésothérapie

On peut mélanger plusieurs médicaments [4]. Le choix des substances fait plutôt l’objet du choix du médecin, il n’y a pas vraiment de mélange de référence. Les produits les plus utilisés sont à titre d’information :

  •       Lidocaïne : visée antalgique
  •       Procaïne : effet antalgique, vasodilatateur
  •       Piroxicam : action anti-inflammatoire
  •       Calcitonine : effet antalgique, anti-inflammatoire, microcirculatoire.
  •       Etamsylate : action anti-oedémateuse
  •       Thiocolchicoside : décontracturant
  •       Complexe vitaminique : effet trophique
  •       Silicium : effet trophique, cicatrisant tissulaire
  •       Raubasine : action microcirculatoire

Les mélanges sont quasiment toujours composés de Lidocaïne ou Procaïne, (anesthésiques locaux) censés avoir un effet retard sur l’absorption des substances, limitant le passage dans la circulation générale et augmentant la diffusion du produit dans la zone ciblée. Sont ajoutés au mélange, selon les protocoles : un anti-inflammatoire et un décontractant musculaire. Attention, on n’utilise jamais de corticoïdes, ces produits sont utilisés dans les infiltrations.

Il est important de préciser que ces produits ne sont pas remboursés et restent à la charge du patient (en général une trentaine d’euros).

Déroulement d’un protocole de soin de mésothérapie

On réalise le plus souvent 3 séances à 1 semaine d’intervalle avec un bilan de l’efficacité au bout des 3 séances.

 Les effets secondaires de la mésothérapie

Les effets secondaires sont rares. On rapporte parfois des « rushs »  (visage rouge et un peu boursouflé), des hématomes au point d’injection, des nausées.

 Les indications de la mésothérapie [4]

Les indications de la mésothérapie sont surtout le traitement des douleurs de l’appareil locomoteur. En tant que coureur, vous serez surtout intéressé pour son indication dans le traitement des tendinopathies et des lésions musculaires.

A noter que la mésothérapie occupe également une grande place en médecine esthétique : rides, cellulite, lift, cicatrice fibreuse, …

La mésothérapie n’est pas considérée comme une technique dopante.

Mode d’action [4]

Les mécanismes présumés de la mésothérapie relèvent de nombreuses hypothèses et théories qui ont évoluées depuis le début de son utilisation. Les mécanismes d’action ne sont pas encore clairs à ce jour.

La mésothérapie aurait un double effet : un effet réflexe due à la piqûre et un effet pharmacologique dû à l’action des médicaments.

 Effets de la piqure

Dans son livre, Le Coz [5] envisage un mode d’action local, régional et central :

Action locale : La pénétration de l’aiguille favoriserait une vasodilatation locale, action réflexe qui diminuerait la production des certaines molécules, les prostaglandines.

Action régionale et centrale : La piqûre de l’aiguille mettrait en action des mécanismes partiellement élucidés de gate control. Comme nous l’avons vu dans l’article sur les ondes de choc (« Soigner sa tendinopathie grâce aux ondes de choc »)., le gate control est un mécanisme particulier d’inhibition (frein) de la douleur au niveau du système nerveux.

 Action du produit

Action locale, régionale et générale : l’hypothèse de l’action pharmacologique par voie mésothérapie est de déposer les médicaments au plus près de la zone à traiter.

Efficacité de la mésothérapie

Il est difficile d’étudier l’efficacité de la mésothérapie. En effet, la qualité méthodologique des études reste toujours limitée, empêchant de conclure de façon fiable à l’efficacité de la mésothérapie. Une part de l’efficacité de la mésothérapie par l’effet placebo n’est pas exclue.

Cependant les résultats sont encourageants et la bonne tolérance du sportif de cette technique montre l’intérêt de réaliser d’autre études. L’étude récente menée par Paolucci et son équipe [6] s’est intéressé aux effets de la mésothérapie sur les douleurs de genou, les douleurs lombaires et les douleurs cervicales. Ils conclut à une bonne efficacité de la technique.

La mésothérapie est une technique assez récente et « moderne » en médecine du sport. Son mode d’action n’est pas encore bien élucidé. Cependant cette technique semble être une bonne aide. Elle ne remplace pas les traitements proposés à l’heure actuelle. On dira plutôt qu’elle vient en complément de traitement déjà utilisé, notamment la kinésithérapie. La mésothérapie a donc encore ses preuves à faire même si de nombreux sportifs, et notamment de nombreux coureurs, l’ont déjà adopter !

Bibliographie

[1] image :  https://mi-medicalinnovation.com/fr/content/71-mesotherapie-du-genou

[2] Evaluation de l’efficacité de la pratique de la mésothérapie à effet thérapeutique. Caroline Barry. Bruno Falissard. Juin 2010. INSERM

[3] images : LES QUATRIÈMES RENCONTRES DE MÉSOTHÉRAPIE APPLIQUÉE. CALVI 11 au 14 septembre 2015. DR Pierre FYOT. http://www.amiform.com/web/documents-genou-en-meso/technique-d27injection-s-st-hillier

[4] MEMOIRE POUR L’OBTENTION DU DIU DE MESOTHERAPIE. DOCTEUR BASSEL ADAMO. Année universitaire 2009-2010

[5] Le Coz J. Traité de Mésothérapie 2ème édition. masson. 2009.

Paolucci, T., Bellomo, R., Centra, M., Giannandrea, N., Pezzi, L., & Saggini, R. (2019). Mesotherapy in the treatment of musculoskeletal pain in rehabilitation: the state of the art. Journal of Pain Research, Volume 12, 2391–2401. doi:10.2147/jpr.s209610

Un article rédigé par :

Pauline Six – Médecin du sport

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