Conseils aux runners du Dr Souveton, médecin généraliste spécialisé dans la nutrition des sportifs

Aujourd’hui, nous sommes allés à la rencontre du Docteur Souveton, médecin du sport nutritionniste, pour vous faire découvrir son métier. Dans cette interview, il nous dévoile son expérience, ainsi que de nombreux conseils dédiés aux runners.

Pourriez-vous svp vous présenter rapidement à nos lecteurs ? 

Je suis Docteur Didier SOUVETON. J’ai 59 ans, et je pratique la médecine générale et sportive. J’ai également une spécialité dans la nutrition. J’exerce essentiellement en France, mais également en Allemagne. 

Comment êtes-vous devenu médecin du sport nutritionniste ?

Avant de devenir médecin, j’étais avant tout sportif. De par mon intérêt pour tout ce qui se passe dans le corps en mouvement, c’est tout naturellement que je suis devenu médecin du sport. Pour cela, après mon diplôme de médecin généraliste, j’ai suivi une  formation post doctorale appelée “capacité”. Pour la spécialité nutrition, j’ai suivi un DU à la Pitié Salpêtrière avec le Professeur Oppert. 

Quel lien entretenez-vous avec le sport ?

Je suis ancien athlète de niveau national en demi-fond et ancien entraîneur de niveau national au club de Fontainebleau dont je suis issu. 

En quoi consiste votre métier au quotidien ?

J’ai un cabinet de médecine générale. En dehors de mon activité libérale, je fais de la prise en charge de personnes en surpoids ou obésité au sein de la structure Métabolic Balance. J’accompagne également des sportifs réguliers, de loisir et compétition et des sportifs de haut niveau. Ils viennent en général me voir pour obtenir un programme nutritionnel adapté à leurs objectifs et à leur pratique.

Il y a  une part de conseil, mais également d’éducation, permettant de rendre les sportifs autonomes dans leur alimentation. Il est donc nécessaire de leur apporter un support structuré et individualisé. J’accompagne également des sportifs de haut niveau dans différentes fédérations, même à l’étranger pour certains. Par exemple, j’encadre actuellement une lutteuse médaillée olympique bulgare. J’ai également été médecin de l’équipe de France d’Aviron et de Kung fu.

Le suivi nutritionnel dans ce type de sports à catégories de poids permet d’éviter entre autre les phénomènes d’errance nutritionnelle avec des sportifs qui arrivent à quinze jours de la compétition, encore loin de leur objectif pondéral. Géré en urgence, cela peut amener un certain nombre de dérives alimentaires, contre productives au niveau de la performance. C’est là que l’on peut voir l’importance de l’accompagnement nutritionnel tout au long de l’année chez les sportifs de haut niveau visant la performance en compétition.

 

Vous dirigez actuellement Métabolic Balance France. Quel est le coeur de métier de cette entreprise ?

Métabolic Balance France fait partie de la société Métabolic Balance, implantée dans une trentaine de pays à l’heure actuelle. Il s’agit d’une société qui établit des profils métaboliques dans le but de construire un programme nutritionnel sur mesure. D’abord dans le cadre de prise en charge du surpoids, de l’obésité et des complications métaboliques. Nous avons développé également dans certains pays, un programme destiné aux sportifs réguliers, c’est à dire s’entraînant au moins 3 fois par semaine, souhaitant une prise en charge nutritionnelle dans l’objectif de performer.

Ce programme est additionné à une prise en charge physique et psychologique. On essaye de profiler au maximum le sportif ou la personne souhaitant perdre du poids, à travers des données personnelles, médicales (pathologies, médicaments), personnalité alimentaire, c’est à dire les intolérances et évictions alimentaires. Pour finir notre analyse, on réalise un examen sanguin extrêmement complet, avec une quarantaine de paramètres biologiques, qui nous permet d’avoir un véritable scanner métabolique du corps. On peut ainsi visualiser comment se comporte les différentes fonctions physiologiques, face aux nutriments.

De l’ensemble des informations recueillies, découle un programme nutritionnel et micronutritionnel adapté au profil de chaque patient ainsi qu’à son mode de vie. L’objectif est de suivre les patients de façon individualisée et régulière, pour qu’à terme, il deviennent autonomes dans leurs choix alimentaires. 

En quoi l’alimentation est un paramètre indispensable à la pratique du running ?

L’entraînement d’endurance, pour préparer des courses sur route, que ce soit pour un 10km, un semi ou un marathon, nécessite un aménagement de l’alimentation. En effet, dans ce type d’épreuve, on ne peut pas manger à n’importe quel moment. On ne peut pas sortir d’un restaurant et aller s’entraîner juste après. Il faut donc éduquer les sportifs afin qu’ils acquièrent des réflexes alimentaires.

De mémoire, environ la moitié des abandons dans les courses d’endurance ne résultent pas de blessures physiques, mais bien de troubles digestifs liés à une alimentation inadaptée. Un problème persiste à l’heure actuelle, c’est que la nutrition est encore considérée comme une sous-activité. C’est d’abord le talent du sportif qui est privilégié, et la qualité de son entraînement. Bien qu’il y ait un intérêt grandissant, la nutrition est regardée de haut et de loin par beaucoup d’entraîneurs et de fédérations. Une chose est sûre, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir en terme d’éducation nutritionnelle. Je trouve que l’image aux derniers Jeux Olympiques, des athlètes faisant la queue devant l’un des fast food les plus célèbre au monde, illustre parfaitement l’état actuel des choses. 

Si l’on s’intéresse plus concrètement au running, il est important tout d’abord, d’adapter l’alimentation aux contraintes du sport. Le running est un sport d’endurance, donc au moins 98% de l’énergie produite vient des filières métabolique aérobie, c’est à dire de l’oxydation des réserves. Cela regroupe les réserves glycogéniques qui sont limitées, ou lipidiques pour les efforts de longue durée. Chez le runner, l’alimentation va d’abord intervenir dans le stockage des réserves énergétiques, permettant de tenir des efforts de longue durée, mais également au moment de la récupération. En effet, les athlètes de compétition passent la majeure partie de l’année à s’entraîner. Il est alors nécessaire de récupérer rapidement pour enchaîner plusieurs entraînements dans la semaine voir même dans la journée. Donc la qualité, et le timing avec lequel le sportif va s’alimenter a son importance dans le running, comme dans toutes disciplines sportives.  

Quelles sont les 3 ou 4 règles nutritionnelles indispensables à connaître pour un runner ?

La première règle concernerait l’aliment le plus indispensable selon moi, à s’avoir, l’eau. L’athlète doit particulièrement rester vigilant sur son hydratation. Une étude récente a montré qu’environ 80% des adultes (sportifs ou non), sont en légère déshydratation chronique. Chez le sportif, il est important d’anticiper l’état hydrique, car s’il n’est pas satisfaisant, les réactions biochimiques nécessaires au bon fonctionnement des muscles, ne pourront pas se faire dans de bonnes conditions. Une déshydratation, même minime, peut entraîner une baisse de la performance. 

La deuxième règle serait une alimentation équilibrée. Il faut apporter une attention particulière aux sportifs observant un régime d’exclusion. Attention également aux “recettes magiques” et tout ce que l’on peut lire sur internet. J’ai largement étudié les régimes d’exclusion, et cela m’a conforté dans le fait de prôner un régime alimentaire équilibré de façon raisonné, en essayant ensuite de coller au mieux, au profil nutritionnel de chacun (intolérances, allergies, évictions). Il ne faut donc négliger aucun secteur alimentaire. 

Troisièmement, utiliser des aliments de qualité, en évitant les aliments transformés et industriels, qui contiennent souvent un grand nombre de conservateurs et autres additifs. Cela peut perturber les voies métaboliques du consommateur. 

Si j’ai un quatrième conseil à donner aux runners, c’est d’éviter les compléments alimentaires sans déficit avéré. Ceci pour une raison très simple! Un nutriment, lorsqu’il est isolé dans un complément, ne se comporte pas de la même façon que dans un aliment, en présence d’autres nutriments, composés physiques et chimiques. C’est ce que l’on appelle l’effet matrice. Si je peux utiliser cette image, les nutriments isolés n’auront donc pas les bons “copains” et le bon “bus” pour aller au bon endroit dans l’organisme. Par exemple, le bêta-carotène, ou Vitamine A peut devenir cancérigène lorsqu’elle est consommée en dose massive en complément. Pourtant, il s’agit bien d’une vitamine indispensable à la santé. En bref, les compléments alimentaires ne remplacent pas l’alimentation, ça peut éventuellement la compléter dans certains cas de déficit avéré. Les déficits en fer en font parti, ils sont d’ailleurs fréquents chez les sportives d’endurance, notamment avec les phénomènes menstruels de perte de sang, accumulé au sport d’endurance qui est particulièrement consommateur de fer. Donc la plupart des compléments alimentaires peuvent, au mieux être inutiles, au pire peuvent être même nuisibles. 

Un article rédigé par :

Camille Lamy – Experte en nutrition du sport

 

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