Lésions musculaires, de la courbature à la déchirure

« Courbature – Contracture – Élongation – Déchirure – etc », des termes fréquemment utilisés par les coureurs à pied pour décrire leurs lésions musculaires, parfois de manière inappropriée. Vous avez eu un entraînement où vous avez particulièrement « poussé » responsable d’une douleur musculaire. Que se passe-t-il vraiment au niveau du muscle ?

Définition des lésions musculaires

Les lésions musculaires sont un motif très fréquent de consultation en médecine du sport puisqu’elles concernent jusqu’à 55% des traumatismes du sport. 92% de ces lésions touchent le membre inférieur (Quadriceps 19%, Ischio-jambiers 37%, Adducteurs 23%, Triceps 13%) [1].

Dans la famille des lésions musculaires, il faut déjà faire la distinction entre les lésions musculaires extrinsèques et les lésions musculaires intrinsèques.

          Les lésions extrinsèques impliquent un facteur extérieur. Ex : coup reçu par un autre joueur, chute au sol etc.

          Les lésions intrinsèques se produisent sans facteur extérieur, « c’est le muscle qui est souffre suite à un effort trop important ». La course étant un sport individuel et « sans matériel », c’est surtout ce type de lésions qui est observé. Ex : rupture des ischios-jambiers lors d’un démarrage trop rapide.

La composition des muscles

Les muscles sont composés d’un ensemble de faisceau de fibres musculaires [2]. Ces fibres musculaires possèdent des potentialités différentes pour utiliser l’adénosine tri-phosphate (ATP) (énergie que le muscle utilise pour se contracter).

Pour être simple, il existe plusieurs types de fibres musculaires qui se distinguent par les processus métaboliques qu’elles utilisent et leur résistance à la fatigue. Les fibres sollicitées diffèrent selon le type d’effort demandé (aérobie, anaérobie lactique, anaérobie alactique).

A titre d’information, vous retrouverez ci-dessous la lsite des différences principales entre les fibres. Il est intéressant de retenir que la répartition des fibres musculaires dans le muscle est influencée par plusieurs facteurs comme la génétique (ce qui explique la performance des Kenyans) et l’entraînement.

  • Les fibres I (fibres rouges) ou fibres à contraction lente sont souvent mobilisées pour des contractions de faible niveau. Elles sont très résistantes à la fatigue donc elles sont sollicitées lors d’exercices prolongés comme un marathon.
  • Les fibres II (fibres blanches) ou fibres à contraction rapide de type IIa ont une résistance à la fatigue plus faible que les fibres de type I. Leur force de contraction est plus élevée que les fibres de type I. Elles interviennent lors d’exercices bref, intense et bref comme 200-400m.
  • Les fibres de type IIb ont une résistance à la fatigue très faible et sont donc mise en jeu pour des mouvements avec une force de contraction très élevée comme les exercices de type 40-60-100m.

 Revenons à nos lésions musculaires…

Classification histologique des lésions musculaires intrinsèques

Durey et Rodineau ont proposé une classification histologique des lésions musculaires intrinsèques [2].

Stade 0

Atteinte réversible de la fibre musculaire sans atteinte du tissu de soutien

récupération totale en quelques heures

Stade 1

Atteinte irréversible de quelques fibres musculaires aboutissant à leur nécrose sans atteinte du tissu conjonctif de soutien

récupération totale en quelques jours

Stade 2

Atteinte irréversible d’un nombre réduit de fibres musculaires et atteinte minime du tissu conjonctif de soutien

récupération qui peut être obtenue en une dizaine de jours

Stade 3

Atteinte irréversible de nombreuses fibres musculaires, atteinte marquée du tissu conjonctif de soutien et formation d’un hématome intramusculaire localisé

récupération en 4 à 12 semaines

Stade 4

Rupture ou désinsertion musculaire complète

–  récupération longue mais variable selon le muscle touché

Classification de Durey et Rodineau [2]

Nous allons utiliser cette classification pour décrire les douleurs musculaires intrinsèques [3].

Comme nous l’avons vu en début de l’article, les lésions extrinsèques sont moins fréquentes chez les coureurs à pied. Elles ne seront donc pas abordées ici.

Symptômes décrits en fonction de la classification de Durey et Rodineau

Stade 0 – Courbature ou DOMS (delayed onset muscle soareness).

 Ce sont des douleurs musculaires qui surviennent après un effort inhabituel ou important. La récupération se fait en quelques jours (3-5 jours). Aucune imagerie n’est nécessaire.

« Tu as fait un gros entraînement, tu le sens passer ! »

Stade 1 – Contracture

Cette fois la douleur est insidieuse, progressive, diffuse. Il n’y pas de déclenchement net de la douleur. Le muscle peut être sensible au repos, à l’étirement et à la contraction résistée. La régénération est complète en quelques jours (5-10 jours). Une échographie peut parfois être réalisée mais elle n’est pas nécessaire.

« Tu as un peu tapé dedans, tu vas le sentir pendant quelques jours »

Stade 2 – Elongation

La douleur est vive et nécessite un arrêt progressif effort. La poursuite de l’exercice est possible en diminuant l’intensité. L’étirement et la contraction résistée sont douloureux.  La régénération – cicatrisation se fait en 10-15 jours. A partir de ce stade, l’échographie a tout son intérêt.

« Tu as forcé au début mais tu arrives à terminer la séance en baissant le niveau d’un cran »

Stade 3 – Claquage ou élongation

Ici, le runner décrit un accident brutal précis qui impose l’arrêt immédiat effort avec impossibilité de reprendre. On peut constater un œdème ou une ecchymose (« un bleu »). La douleur est vive avec une contracture du muscle blessé. Le muscle devient « rigide » à la cause de la survenue d’un hématome. La contraction est douloureuse et parfois même impossible. Cette fois, la réparation est incomplète avec présente à distance d’une cicatrice fibreuse. Elle se fait en 4 à 8 semaines.

« Tu as forcé, tu t’arrêtes net et tu vas direct aux vestiaires »

Stade 4 – Déchirure

A ce stade le runner décrit un accident très brutal, syncopal (entrainant un malaise). Le runner s’arrête tout de suite. La douleur est intense et permanente. Comme au stade 3, on peut percevoir u un œdème ou une ecchymose. Le muscle est complètement rigide (encore plus qu’au stade 3). L’étirement et la contraction sont impossibles. La réparation est partielle et est de qualité variable. Elle se fait en 6 à 12 semaines.

« Tu as tellement forcé que tu fais un malaise, tu es mis sur le côté tout de suite ! »

Schéma explicatif des lésions musculaires intrinsèques

Schéma explicatif des lésions musculaires intrinsèques

1 : stade 0 et stade 1 : pas de modification macroscopique du muscle

2 : allongement – élongation du muscle

3 : déchirure

4 : rupture

La rééducation des lésions musculaires [3]

On peut retenir la règle des 2 pour la récupération (stade 1 : 2×1 = 1 semaine de récupération, stade 2 : 2×2 = 4 semaines etc).

Stade 0 :

Le runner va récupérer en quelques heures sans aucun traitement.

Stade 1 :

Le traitement est établi sur l’arrêt de la course et sur l’application de chaleur et de massage. La reprise d’activités sportives peut être effectuée après quelques jours dès la disparition des douleurs.

Stade 2 :

Le repos sportif est indispensable. Il faut y associer une cryothérapie et des séances de physiothérapie. Les antalgiques simples de type paracétamol peuvent être utiles.

Rapidement, on peut commencer un travail d’étirement et de renforcement musculaire statique, puis dynamique qui diffèrent selon le muscle blessé. A partir de ce stade de blessure, dans l’idéal, ils seront éduqués au patient par le kinésithérapeute. La reprise d’activités sportives est possible dès que les anomalies ont disparues (douleurs, œdème etc). Elle pourra elle aussi être guidée par le kinésithérapeute.

Stade 3 :

          De J0 à J3, c’est la période antalgique, c’est-à-dire que l’objectif de cette période est l’obtention de la non-douleur. On peut utiliser des moyens physiques :  bandage compressif, cryothérapie (poche de glace) et mise éventuelle en décharge en fonction de la douleur (ex : attelle, béquille). On on peut utiliser des moyens thérapeutiques comme les antalgiques simples de type paracétamol. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) n’ont pas d’intérêt.

          De J4 à J10, il faut commencer la cryothérapie ainsi que la physiothérapie. On peut également débuter un travail statique (renforcement musculaire sur table) très doux. L’hématome peut être évacué sous contrôle échographique en fonction des résultats de celle-ci, mais ces ponctions restent peu fréquentes.

          De J10 à J21, on commence une rééducation plus active avec un travail d’étirement et surtout de renforcement musculaire statique et dynamique.

          A partir de J21, le renforcement musculaire est intensifié avec introduction de travail excentrique (contraction excentrique : contraction où les 2 extrémités du muscle s’éloignent, contraction qui nécessite beaucoup d’énergie) et éventuellement de massages transverses profonds. La reprise des activités sportives au même niveau débute en général à partir de la 6e semaine, mais ce délai peut aller jusqu’à 3 mois.

Stade 4 :

Le traitement est proche de celui d’un stade 3 mais la récupération est plus longue. Dans certains cas, un traitement chirurgical est nécessaire.

En conclusion, bien comprendre les blessures musculaires permet de savoir quoi faire ! Du simple repos, à l’immobilisation totale, à chaque « bobo » la recette idéale !

Bibliographie

[1] Ekstrand – Epidemiology of Muscle Injuries in Professional Football (Soccer) Am J Sports Med., 2011 Jun;39(6):1226-32

[2] https://cursus.univ-rennes2.fr/file.php/848/TypologieMusculaire.pdf

[3] J Rodineau A. Durey Le traitement médical des lésions musculaires. JAMA Edition Fr (Actualités thérapeutiques)

[4] Coudreuse, J.-M. (2013). Pathologies musculaires du sportif. EMC – Traité de Médecine AKOS, 8(1), 1–5. doi:10.1016/s1634-6939(12)55701-7

Un article rédigé par :

Pauline Six – Médecin du sport

 

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