Compléments alimentaires, alliés ou ennemis du runner ?

Vous pratiquez le running de façon régulière et vous avez réalisé l’importance de votre hygiène de vie et plus particulièrement de votre alimentation sur votre pratique (performances, blessures, fatigue…) ?Si l’alimentation est un paramètre très important pour beaucoup de sportifs, l’intérêt pour les compléments alimentaires est grandissant. Véritables concentrés de nutriments, ils permettraient l’amélioration des performances physiques. Toutefois, pour vendre leurs produits, les fabricants n’hésitent pas à vous promettre monts et merveilles, sans réelles preuves scientifiques à l’appui. 

Vous vous posez des questions sur leur efficacité? Vous vous demandez même si leur utilisation n’est pas néfaste pour votre corps? Nous avons réalisé pour vous un état des lieux des connaissances scientifiques afin de répondre à vos questions. 

 

L’utilité des compléments alimentaires 

Un complément alimentaire est une source concentrée d’éléments ayant un effet nutritionnel ou physiologique (amélioration des performances), et qui comme son nom l’indique, vient compléter l’alimentation. Il est recommandé d’y avoir recours seulement en cas de carence avérée par un bilan sanguin et en suivant l’avis d’un médecin ou d’un(e) diététicien(ne) (idéalement spécialisé(e) en micronutrition). 

Les différentes occasions pour lesquelles les carences peuvent apparaître sont:  

  • lors d’un régime alimentaire non équilibré, non varié ou restrictif (végétarisme par exemple)
  • chez la femme (menstruation, ménopause)
  • chez la personne âgée
  • chez le sportif pour qui les pertes sont accentuées par l’activité physique (minéraux, oligo-éléments…)
  • lors d’un manque d’exposition au soleil (Vitamine D)

Cependant, bien qu’ils puissent être pertinents dans ces cas, il est avant tout recommandé de modifier son alimentation afin d’optimiser les apports de manière naturelle. 

L’effet matrice

Les nutriments présents dans les compléments alimentaires sont fournis de façon “isolée”. Cette structure des compléments alimentaires tient d’une vision ancienne considérant que les aliments sont une somme de nutriments. Mais depuis quelques années, ils se sont avérés être bien plus que cela. Ils sont également constitués d’éléments non nutritifs qui ont leur utilité, car ils modifient l’assimilation des nutriments en comparaison à un aliment naturel [1]. C’est ce que l’on appelle “l’effet matrice”

Cet effet est complexe à comprendre et propre à chaque matrice alimentaire. La nature étant bien faite, pour les aliments naturels, la plupart des nutriments sont associés pour garantir une absorption optimale (ce qui n’est pas forcément le cas pour les compléments alimentaires) [2]

Le paradoxe : une complémentation à la source d’une carence

Apportés de façon isolée et concentrée dans un complément alimentaire, les nutriments sont assimilés différemment par l’organisme. C’est pourquoi il est souvent conseillé de consommer les compléments en même temps qu’un repas. Cependant, s’il existe une synergie entre nutriments, ils peuvent également se retrouver en compétition vis à vis de l’absorption intestinale. Un nutriment apporté en trop grande quantité peut alors induire une diminution de l’absorption d’autres nutriments. Il est ainsi possible de déclencher une carence à la suite d’une cure de compléments alimentaires non adaptée. 

Les compléments sont-ils sans danger ?

Un complément alimentaire n’est pas un médicament et n’a donc aucune visée thérapeutique. Il n’est pas non plus soumis aux mêmes réglementations de production et de diffusion sur la marché. En effet, afin d’être commercialisé, un médicament doit obtenir une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) délivré par l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament). Afin d’obtenir cette autorisation, l’ANSM vérifie l’efficacité et l’innocuité des molécules. 

Les compléments alimentaires, eux, doivent uniquement répondre au règlement INCO (réglementation concernant l’information du consommateur sur les denrées alimentaires) imposant certaines normes d’étiquetage et d’allégations. C’est donc aux fabricants de garantir l’efficacité et l’innocuité de leurs produits sans passer par une agence de vérification. 

Quand un complément alimentaire cache un produit dopant

Les sportifs sont également confrontés à la présence éventuelle de substances dopantes dans les compléments visant à améliorer les performances physiques. Une étude réalisée en 2008 a mis en évidence qu’environ 7% des produits Français (USA – 19%, Pays-Bas – 26%) étaient contaminés (volontairement ou non) par des substances dopantes [3]. De plus, les normes concernant l’utilisation de substances dopantes ne sont pas les mêmes dans tous les pays. Il est donc conseillé de privilégier l’utilisation de compléments alimentaires d’origine française. 

Fort heureusement L’ANSES, en qualité d’expert indépendant, étudie tout produit sur lequel plane un doute. Grâce à son dispositif de Nutrivigilance, les professionnels de santé peuvent déclarer les effets indésirables survenus suite à la consommation de compléments alimentaires, afin d’en évaluer l’imputabilité et donc l’éventuelle toxicité [4]. L’ANSES a également mis en place la norme AFNOR (NF V94-001), qui permet de garantir l’absence de substance dopante dans les produits destinés au sportif. La liste est disponible en suivant ce lien : https://www.nutritiondusport.fr/securisation-complements-alimentaires-sportifs/ (attention, le site n’est pas forcément à jour).   

Le label Sport Protect garantit également le respect de la norme AFNOR. 

En conclusion

Selon différents organismes de santé (ANSES, SFNS) [4] aucune complémentation n’est obligatoire, même chez le sportif de haut niveau. Une alimentation variée, équilibrée et adaptée aux besoins garantissant une absorption et une utilisation optimale des nutriments permet de pourvoir à tous les besoins. De plus, ils déconseillent leur utilisation aux enfants, adolescents, femmes enceintes ou allaitantes, et personnes atteints d’une pathologie (troubles psychiques, troubles hépatiques, rénaux, métaboliques…) et sous médication. 

Bibliographie

[1] Lecerf, J. M., & Legrand, P. (2015). Les effets des nutriments dépendent-ils des aliments qui les portent? L’effet matrice. Cahiers de nutrition et de diététique, 50(3), 158-164.

[2] Guilland, J. C. (2011). Les interactions entre les vitamines A, D, E et K: synergie et/ou compétition. Oléagineux, Corps gras, Lipides, 18(2), 59-67.

[3] Geyer, H., Parr, M. K., Koehler, K., Mareck, U., Schänzer, W., & Thevis, M. (2008). Nutritional supplements cross‐contaminated and faked with doping substances. Journal of mass spectrometry, 43(7), 892-902.

[4] Anses (2016). Les compléments alimentaires destinés aux sportifs.

https://www.anses.fr/fr/system/files/NUT2014SA0008Ra.pdf 

Un article rédigé par :

Camille Lamy – Experte en nutrition du sport

 

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