Les anti-inflammatoires, c’est pas obligatoire !

Ami coureur, tu penses que les anti-inflammatoires ne font pas de mal ? Que c’est toujours bien d’en avoir dans sa poche ? STOP, tu as tout faux ! Regarde !

Les anti-inflammatoires font partie des médicaments les plus prescrits par les médecins pour traiter les phénomènes douloureux [1-4]. Ces médicaments sont aussi largement pris en automédication et c’est là que les ennuis commencent !

L’auto-médication se définit par la prise d’un médicament sans prescription médicale. De plus, la prise médicamenteuse ne se fait pas toujours dans le but de guérir une blessure. Elle se fait aussi pour prévenir l’apparition d’une blessure qui compromettrait la performance lors d’une course ! On tombe sur la tête !

Une étude menée sur le Grand Raid de la Réunion en guise d’introduction :

Une étude a été menée sur les trailers du Grand Raid de la Réunion en 2016 [5]. Les résultats retrouvent que 409 (35,8 %) ultra-traileurs ont déclaré avoir consommé au moins un anti-inflammatoire entre janvier 2015 et octobre 2016, en phase de préparation.  La majorité des ultra-traileurs, 70,2 % avaient suivi la voie médicale de procuration (ordonnance). 31,5 % ont déclaré les avoir obtenus en accès libre par automédication. Dans d’autres études, les pourcentages d’automédication sont même supérieurs à 50 % [2] !

Parmi les ultra-traileurs ayant consommé des anti-inflammatoires Non Stéroïdiens en phase de préparation, 79,2 % ont déclaré en avoir consommé en dehors de toute activité sportive, 13,7 % pendant l’entraînement et 15,6 % lors d’autres compétitions ! [5]

La majorité des ultra-trailers disaient ne pas connaître la dangerosité de ces médicaments. Alors avant que vous preniez des risques inutiles, notre rôle est de vous informer.

Mécanisme d’action

Les Anti-inflammatoires Non Stéroïdiens (AINS) regroupent l’ensemble des médicaments qui empêchent la synthèse des prostaglandines, qui stimulent la réaction inflammatoire. Il bloquent donc la réaction inflammatoire.

Ils partagent plusieurs propriétés dont celles qui nous intéressent chez le coureur : activité antalgique et anti-inflammatoire.

Ces substances sont administrées le plus souvent par voie orale et passent donc par le système digestif, puis dans la circulation sanguine, pour être enfin transformées soit par les reins, soit par le foie. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens peuvent également être délivrés sous forme topique (gel, crème) ou par injections intramusculaires.

Advil, Antarène, Nurofen, Spedifen, Upfen, Profénid, Kétum, Toprec, Feldène, Brexin … et bien d’autres ! 

Indication en médecine du sport

Anti-inflammatoires non stéroidiens et ligaments

La lésion la plus étudiée est sans conteste l’entorse de cheville et l’anti-inflammatoire non stéroïdiens le plus utilisé l’ibuprofène 2400 mg/j pendant 7 à 10 jours [6]. Les résultats divergent quelque peu d’une étude à l’autre. Globalement, les études concluent à une diminution plus rapide de la tuméfaction (gonflement), une meilleure récupération des amplitudes articulaires, et une reprise de l’appui plus rapide.

Anti-inflammatoires non stéroidiens et tendons

Si nous partons du principe qu’il n’y a pas réaction inflammatoire dans les tendinopathies, le rôle des anti-inflammatoires non stéroïdiens est, par conséquent, très incertain et débattu ! Selon une méta-analyse [7], seule la douleur à court terme est parfois réduite pour certaines localisations. Il n’y a aucun bénéfice à plus long terme et le risque d’effets indésirables augmente avec la durée du traitement.

Anti-inflammatoires non stéroidiens et os

Les effets délétères varient selon les anti-inflammatoires non stéroïdiens choisis ainsi que selon la durée de prise. Un retard de consolidation osseuse a été régulièrement décrit. Il convient de les éviter en tout cas durant la première semaine après une fracture. [8-9] Par la suite, même en l’absence d’effets potentiellement néfastes, leur emploi ne se justifie plus, les antalgiques devraient être suffisants.

On peut retenir le tableau suivant pour retenir dans les grandes lignes les indications des Anti-inflammatoires Non Stéroïdiens en médecine du sport (tableau simplifié) [10].

type de lésion 

impact des anti-inflammatoires non stéroïdiens

commentaires

ligament : entorse aiguë

possiblement et potentiellement utiles à court terme

réduction de la douleur et de la tuméfaction

retour au sport accéléré

tendon : tendinopathie 

probablement utiles

antalgie seulement, aucun bénéfice sur la guérison

os : fracture 

non indiqués

effets probablement délétères sur la formation osseuse

muscle : déchirure aiguë

probablement inutiles voire non indiqués

empêchent la synthèse protéique

muscle : contusion 

potentiellement utiles

 

Effets indésirables des anti-inflammatoires

Effets indésirables digestifs

          douleurs d’estomac (gastralgies), nausées : fréquentes et rapidement résolutives à l’arrêt du produit.

          ulcères gastroduodénaux non symptomatiques (ne donnent pas de douleurs)

        ulcères symptomatiques : simples ou compliqués (d’une hémorragie digestive ou d’une perforation intestinale)

Réactions de la peau et des muqueuses

–  prurit, éruptions diverses, rhinite, bronchospasme etc.

Complications rénales

          rétention hydro-sodée se traduisant par des oedèmes des membres inférieurs, une augmentation de la pression artérielle ou la décompensation d’une cardiopathie

          insuffisance rénale aiguë, inaugurée par une oligurie (quand les urines deviennent rares et foncées). La déshydratation (la canicule) favorise la survenue d’insuffisance rénale aiguë, attention !

Complications cardiovasculaires

          peuvent favoriser les accidents thrombotiques : infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral

 

Risques majorés avec la pratique sportive

Des cas d’insuffisances rénales aiguës sévères ont été rapportés chez des coureurs, par ailleurs en bonne santé, lors d’épreuves d’ultra-endurance [11, 12]. Dans plus de deux tiers des cas, on retrouve la notion d’une prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens avant ou pendant l’épreuve [11]. Les reins ne peuvent alors plus exercer leur rôle d’épurateurs des déchets de l’organisme. Ces déchets vont engendrer un état général de stress qui peut conduire le coureur tout droit en réanimation … [13]

Par ailleurs les effets délétères des anti-inflammatoires non stéroïdiens sur les fonctions digestives seraient une cause fréquente d’abandon selon une étude menée en marge du Western States Endurance Run.

 

Note de fin :

Enfin pour terminer, petit clin d’œil à la coureuse : contre-indication des anti-inflammatoires non stéroïdiens pendant la grossesse ! (risque de malformation du fœtus surtout à partir du 6e mois !) [14]

Anti-inflammatoires non stéroïdiens et sport, ne réfléchissez pas, vous avez tort ! L’auto-médication, ce n’est pas une bonne option ! Vous voilà informé, à vous de jouer pour rester en bonne santé.

Bibliographie :

[1] Da Silva ER, De Rose EH, Ribeiro JP, Sampedro LBR, Devos DV, Ferreira AO, et al. Non-steroidal anti-inflammatory use in the XV Pan-American Games (2007). Br J Sports Med 2011;45(2):91—4.

[2] Gorski T, Cadore EL, Pinto SS, da Silva EM, Correa CS, Beltrami FG, et al. Use of NSAIDs in triathletes: prevalence, level of awareness and reasons for use. Br J Sports Med 2011;45(2):85—90.

[3] Koffeman AR, Valkhoff VE, Celik S, t Jong GW, Sturkenboom MC, Bindels PJ, et al. High-risk use of over-the-counter nonsteroidal anti-inflammatory drugs: a population-based crosssectional study. Br J Gen Pract 2014;64(621):e191—8.

[4] Didier S, Vauthier J-C, Gambier N, Renaud P, Chenuel B, Poussel M. Substance use and misuse in a mountain ultramarathon: new insight into ultrarunners population? Res Sports Med 2017;25(2):244—51.

[5] Lai-Cheung-Kit, I., Lemarchand, B., Bouscaren, N., & Gaüzère, B.-A. (2019). Consommation des anti-inflammatoires non stéroïdiens lors de la préparation au Grand Raid 2016 à La Réunion. Science & Sports. doi:10.1016/j.scispo.2018.11.005

[6] Hertel J.The role of NSAIDs in the treatment of acute soft tissue injuries. J Athl Training 1997;32:350-8.

[7] Andres BM, Murrell GA.Treatment of tendinopathy. Clin Orthop Relat Res 2008, in press.

[8] Pountos I, Georgouli T, Blokhuis TJ, et al. Pharmacological agents and impairment of fracture healing :What is the evidence ? Injury 2008;39:384-94.

[9] Gaston MS. Inhibition of fracture healing. J Bone Joint Surg (Br) 2007;89-B:1553-60.

[10] Ziltener, J.-L., Leal, S., & Fournier, P.-E. (2010). Non-steroidal anti-inflammatory drugs for athletes: An update. Annals of Physical and Rehabilitation Medicine, 53(4), 278–288. doi:10.1016/j.rehab.2010.03.001 

[11] Hodgson LE, Walter E, Venn RM, Galloway R, Pitsiladis Y, Sardat F, et al. Acute kidney injury associated with endurance events—is it a cause for concern? A systematic review. BMJ Open Sport Exerc Med. 2017 May 1;3(1):e000093.

[12] Poussel M, Vauthier J-C, Renaud P, Gambier N, Chenuel B, Ladrière M. [Acute kidney injury following naproxene use in an ultraendurance female athlete]. Presse Medicale Paris Fr 1983. 2013 Sep;42(9 Pt 1):1274–6.

[13] Gergelé, L., Bohe, J., Feasson, L., Robach, P., Morel, J., Auboyer, C., … Millet, G.-Y. (2010). Du sport extrême à la réanimation. Réanimation, 19(5), 416–422. doi:10.1016/j.reaurg.2010.06.007

[14] https://ansm.sante.fr/S-informer/Informations-de-securite-Lettres-aux-professionnels-de-sante/Rappel-sur-la-contre-indication-de-tous-les-AINS-a-partir-du-debut-du-6eme-mois-de-la-grossesse-Lettre-aux-professionnels-de-sante

Un article rédigé par :

Pauline Six – Médecin du sport

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