Tout connaître sur la tendinopathie (tendinite) en course à pied

Tendinite, tendinopathie, la maladie du tendon que les sportifs connaissent bien. Blessure classique, que se passe-t-il au niveau du tendon ? Que faire ?

Dans le langage médical, vous entendez parler de « tendinopathie ». En effet, les scientifiques préfèrent ce terme à celui de « tendinite ». Le suffixe « -ite » suggère la présence d’une inflammation, or dans la maladie du tendon il n’est pas observé de cellules inflammatoires sur les coupes au microscope. Donc, si on veut coller avec le langage médical, nous parlerons de « tendinopathie ». On peut donc aussi noter que l’absence de cellules inflammatoires rend peu probable l’efficacité des traitements anti-inflammatoires [1,2]. 

De quoi est constitué un tendon ?

Le tendon est un tissu conjonctif dense constitué de fibroblastes qui synthétisent différentes molécules pour permettre les propriétés biomécaniques du tendon. A l’exception des autres tissus conjonctifs, le tendon présente des zones MOINS VASCULARISÉES au niveau du corps du tendon. Ces zones du tendon reçoivent donc moins d’apports provenant des vaisseaux : moins de nutriments, d’oxygène etc. On peut tout de suite retenir que ce manque d’apports provenant des vaisseaux sanguins va compliquer la cicatrisation. 

La capacité d’allongement du tendon 

A l’échelle du tendon, le mouvement du segment du corps se traduit par un allongement. L’allongement physiologique est de l’ordre de 4% de sa longueur. Si l’allongement est de 4 à 8% : des déchirures microscopiques commencent à apparaître. Au-delà de 8%, on observe des déchirures macroscopiques avec rupture des fibres tendineuses. 

Le processus de cicatrisation

Le processus de réparation se met en place spontanément suite à des micro-ruptures. Cependant, la guérison est difficile car le processus de dégradation biologique (dégradation-élimination des tissus abîmés) peut aboutir à la formation de kystes, nodules ou calcifications. Ceci rendant le tendon fragile. 

De manière simplifiée, 3 phases composent ce processus de réparation :

  • Phase inflammatoire : « phase de nettoyage » 
  • Phase proliférative : « phase de reconstruction du tendon » 
  • Phase de remodelage « phase de réajustement de la forme du tendon » 

Les facteurs déclenchants de la tendinopathie

Les facteurs déclenchants des tendinopathies sont complexes. Néanmoins, on reconnaît que la tendinopathie est une pathologie d’hypersollicitation.

Facteurs intrinsèques : avancée en âge, indice de masse corporelle, troubles de la posture, pathologies entraînant un moins bon échange entre les tissus, zones peu vascularisées, déséquilibre hormonal chronique …

Facteurs extrinsèques : erreurs dans la gestuelle ou dans l’entraînement sportif, agression par le matériel utilisé.

Le ressenti du runner en cas de tendinopathie

Le runner décrit une douleur dont l’intensité et ses modes de survenue s’aggravent progressivement. Les médecins utilisent différentes classifications comme celle de Blazina pour décrire la douleur. 

Stade 1

Douleur après l’effort, survenant au repos, sans répercussion sur l’activité sportive

Stade 2

Douleur apparaissant pendant l’effort, disparaissant après l’échauffement, puis réapparaissant avec la fatigue

Stade 3a 

Douleur permanente lors du sport, limitée à l’entraînement

Stade 3b

Douleur permanente lors du sport, pouvant entraîner l’arrêt, marquée par une gêne dans la vie quotidienne

Stade 4

Rupture du tendon

Classification de Blazina

Le diagnostic peut être posé chez le runner si la triade typique est présente : douleur à la palpation, à l’étirement maximal et à la contraction contrariée du muscle concerné.

Il existe plusieurs examens paracliniques dont l’échographie possède la place reine. En effet, c’est l’examen le mieux adapté pour étudier les structures superficielles. La radiographie peut parfois mettre en évidence des calcifications intra tendineuses.

Echographie du tendon rotulien (à gauche : aspect normal ; à droite : tendinopathie)

Source : service d’imagerie médicale – Hôpital Archer II, CHU Nice – France

Les traitements proposés en cas de tendinopathie

On préconise 2 semaines de repos pour récupérer et 2 à 4 semaines d’arrêt des efforts excessifs. L’inactivité physique/ immobilisation n’est pas préconisée car il faut un peu de mouvement pour stimuler la cicatrisation [3].

Le rôle des anti-inflammatoires est très débattu [3]. Comme nous n’avons vu dans l’introduction, leur utilisation ne semble pas justifiée puisqu’il n’y a pas de cellules inflammatoires… Toutefois une prescription de quelques jours à la phase aiguë pourrait vous soulager.

La cryothérapie (poches de glace) a une bonne efficacité par périodes de glaçage de 10 minutes.

Des orthèses (« attelles ») peuvent parfois soulager le runner à la phase initiale.

Les infiltrations de corticoïdes [4] peuvent parfois être envisagées mais il faut garder en tête le risque de rupture du tendon !

La rééducation

La rééducation a ici toute sa place. Elle consiste en des protocoles d’étirement selon le protocole de Stanish [5] qui consiste en du renforcement excentrique.

Le renforcement excentrique est un type de renforcement pendant lequel le muscle est en position allongée, avec ses 2 extrémités qui sont éloignées. C’est le contraire du renforcement concentrique où les 2 extrémités du muscle se rapprochent. 

Par exemple, quand on se met sur la pointe des pieds les muscles du mollet se contractent en concentrique. Les extrémités du muscle se rapprochent. Lorsqu’on se met sur une marche et que le talon tombe dans le vide, les muscles du mollet se contractent en excentrique (voir image). Les extrémités du muscle s’éloignent. On utilise ce dernier exercice en cas de tendinopathie d’Achille par exemple.

Contraction concentrique (à gauche) et contraction excentrique (à droite) – exemple pour le tendon d’Achille [6]

S’il n’y a pas de douleur provoquée par le travail excentrique, il n’y aura pas de bénéfice pour le tendon ( » no pain, no gain « ). On augmente progressivement le nombre de séries et de répétitions en fonction de la tolérance douloureuse (protocole de Cruwin et Stanish).

Les ondes de choc semblent également être un bon complément à la prise en charge des tendinopathies [3]. 

Les tendinopathies sont une pathologie d’hypersollicitation du tendon. Encore une fois, il faudra penser prévention et adaptation de la pratique. La rééducation a une place reine dans le traitement. Parfois difficile à guérir, mieux vaut adopter tout de suite les bonnes pratiques pour s’en sortir !

Bibliographie

[1] Hyman J, Rodeo SA. Injury and repair of tendons and ligaments. Phys Med Rehabil Clin N Am 2000;11: 267-88.

[2] Khan KM, Cook JK. Overuse tendon injuries. Where does the pain come from ? Med Arthroscopy Rev 2000;8:17-31.

[3] Kaux, J.-F., & Crielaard, J.-M. (2014). Tendon et tendinopathie. Journal de Traumatologie Du Sport, 31(4), 235–240. doi:10.1016/j.jts.2014.07.008 

[4] Coombes, B. K., Bisset, L., & Vicenzino, B. (2010). Efficacy and safety of corticosteroid injections and other injections for management of tendinopathy: a systematic review of randomised controlled trials. The Lancet, 376(9754), 1751–1767. doi:10.1016/s0140-6736(10)61160-9

[5] Stanish WD, Rubinovich RM, Curwin S. Eccentric exercise in chronic tendinitis. Clin Orthop Relat Res. 1986 Jul;(208):65-8.

[6] image : https://orbi.uliege.be/bitstream/2268/215137/1/Symposium%20AXXON%2014-10-2017%20Delvaux%20tendinopathies.pdf

Un article rédigé par :

Pauline Six – Médecin du sport

 

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