Soigner sa tendinopathie grâce aux ondes de choc

« Doc, j’ai entendu parler des ondes de choc à l’entraînement. Il paraît que c’est super efficace sur les tendinites ! C’est quoi ce truc ? Est-ce que ça fait mal ? »

Le terme d’onde de choc est apparu en médecine dans les années 80, dans le cadre du traitement des lithiases (calculs) urinaires [1,2]. Leur but était de « casser » les « pierres urinaires » tel un marteau piqueur. Leur mode d’action a ensuite été étendu à la médecine du sport pour « détruire » les calcifications (notamment au niveau de l’épaule). Leur champ s’est progressivement élargi et elles sont aujourd’hui utilisées dans le traitement des tendinopathies (terme médical pour décrire ce que l’on appelle dans le langage courant « la tendinite ») [3]. 

Comment fonctionnent les ondes de choc ?

Le principe thérapeutique de base est très simple ! Il s’agit de traumatiser le tendon pathologique afin de générer une réaction de défense de la part de l’organisme. L’organisme va « réagir » aux micro-lésions, ce qui va déclencher le processus de cicatrisation. 

Déroulement d’une séance d’ondes de choc

On utilise une pièce à main (« un pistolet ») qu’on vient appliquer au niveau de la peau de la zone à traiter. Celle-ci envoie de l’air comprimé (onde acoustique) qui va engendrer une forte pression au niveau de la zone à traiter, qui va ensuite se transformer en onde de choc mécanique (« les chocs »). L’opérateur peut régler plusieurs paramètres sur la machine comme la fréquence de délivrance des impulsions, la puissance, le nombre de coups, etc.

Les différents types d’ondes de choc [4]

Les ondes radiales

Les ondes de choc radiales sont délivrées par percussion directe sur la peau du patient. L’énergie est maximale au contact du nez de l’appareil et peut se propager jusqu’à un maximum de 3,5-4 cm, au-delà desquels l’énergie délivrée devient négligeable (voir image). Il s’agit d’une technique agressive et douloureuse, du fait de l’impact cutané. Il faut donc prévenir le patient et adapter la force des chocs à la tolérance de celui-ci. Ce sont celles-ci qui sont utilisées en médecine du sport pour le traitement des tendinopathies. 

Onde de choc radiale : efficacité maximale au contact de la pièce à main

Les ondes de choc focalisées

Les ondes de choc focalisées sont des ondes de choc d’origine ultrasonore de très haute énergie qui diffusent plus en profondeur que les ondes de choc radiales.  Elles nécessitent un repérage échographique pour bien cibler la zone à traiter.

Les effets des ondes de choc [5]

Les effets à long terme : « on casse ce qui est abîmé »

Leur action défibrosante est primordiale ! Les ondes de choc vont venir casser les fibres musculaires abîmées ou les calcifications. Les autres effets décrits sont la création de micro-lésions, la création d’hyper vascularisation et l’augmentation du métabolisme local. Ces effets permettent de mettre en place les processus de cicatrisation. Les ondes de choc permettent aussi d’altérer les fibres nerveuses amyéliniques responsables du signal douloureux.

Les effets à moyen terme : « on libère des substances chimiques pour diminuer le signal douloureux »

Les effets décrits sont la libération d’endorphines et de substances inhibitrices de la douleur.

Les effets à court terme : « on agit sur le cerveau pour détourner les voies de transmission de la douleur »

Les effets à court terme font appel à la théorie du « gate control ». De manière simplifiée, il existe un inter-neurone (neurone intermédiaire) qui éteint les messages douloureux provenant des nerfs périphériques (les petites fibres non myélinisées Aδ et C). Les fibres nerveuses de plus gros calibre  du tact et du toucher (A et B) stimulent cet inter-neurone afin d’éteindre le signal douloureux. L’onde de choc va donc stimuler les fibres de gros calibre qui vont alors stopper le signal douloureux. 

Les effets secondaires sont assez rares. La douleur initiale au niveau du choc n’est pas à considérer comme un effet indésirable. 

Les indications : tendinopathies, fascistes plantaires, enthésopathies non inflammatoires, périostites tibiales.

Il existe quelques contre-indications que le médecin (et pourquoi pas aussi le coureur) doit connaître : grossesse, enfant, infection, tumeur, proximité du tissu pulmonaire ou intestinal, des gros nerfs ou gros vaisseaux, matériel d’ostéosynthèse, pace maker. 

Les ondes de choc ne sont pas indiqués en cas de bursite ou ténosynovites. 

Les « paris initiaux » 

Si la technique est efficace, il faut que l’efficacité soit rapide (peu de séances pour commencer à constater les bénéfices, si au bout de 3-4 séance le sportif ne ressent aucun bénéfice, ça ne marchera pas).

Si les ondes de choc créent des lésions, il faut attendre la cicatrisation (6-8 semaines)

Si les ondes de choc créent des micro-lésions, il faut guider la cicatrisation vers la fonction (l’arrêt strict du sport n’est pas indiqué, il est préconisé de poursuivre une activité non explosive pour guider la cicatrisation)

La recette des ondes de choc

  • 1 à 2 séances par semaine
  • 3 à 6 séances 
  • Evaluation de la tolérance à chaque séance 
  • Recherche d’éventuels effets indésirables
  • Evaluation des bénéfices 6 à 8 semaines plus tard (le temps que la cicatrisation se fasse)

 Quelques résultats de l’étude menée par H. de Labareyre [6] :

Tendinopathie

Nombre (total = 1779)

Résultats satisfaisants (%)

Nombre moyen de séances

Tendinopathie calcanéenne

594

74,7

4,4

Enthésopathie calcanéenne

156

65,4

4,7

Tendinopathie patellaire

159

62,9

4,3

Aponévrosite plantaire

384

67,7

4,5

Enthésopathie haute des ischio-jambiers

89

76,4

4,6

Epicondylite

166

59

4,6

Epitrochléite

50

54

4,8

Coiffe des rotateurs

181

70,2

4,8

Séquelles de déchirure musculaire

30

80

3,75

Ainsi, les ondes de choc permettent de casser les fibres musculaires lésées ou les calcifications. 4 à 6 séances sont nécessaires pour permettre la guérison au rythme de 1 à 2 par semaine. Il faut savoir attendre la phase de cicatrisation de 6 à 8 semaines. La technique n’est pas indolore mais pas non plus insurmontable, c’est le prix à payer pour retrouver sa liberté !

Bibliographie

[1] Ondes de choc extra-corporelles en médecine orthopédique : acquisitions en pathologie médicale, chirurgicale et réadaptation de l’appareil locomoteur, sous la direction de Ch Hérisson, R. Brissot, C. Jorgensen, M. Genty,Sauramps médical, Montpellier, 2004, 92p

[2] Van Den Steene J.Y. Les ondes de choc : principes techniques, bases physiologiques et thérapeutiques. Revue du podologue. Volume 11, Numéro 62

[3] Brunet-Guedj E, Brunet b, Girardier J, Renaud E : Traitement des tendinopathies chroniques par ondes de choc radiales. J Traumatol Sport, 2002, 19, 4, 239-243

[4] https://www.lamedecinedusport.com/specialites/ondes-de-choc-etat-des-lieux-en-2016/

[5] Onde de choc : revue de la littérature. JP Bonvarlet. IAL Nollet. http://amdts.free.fr/pps/2014/ondes_de_choc.pdf

[6] H. de Labareyre, Journal de Traumatologie du Sport, Volume 28, numéro 1

Un article rédigé par :

Pauline Six – Médecin du sport

 

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