Course à pied et anxiété de la performance

Prenez deux séances de course. L’une durant laquelle vous étiez certain(e) de pouvoir accomplir ce que vous faisiez. L’autre durant laquelle l’angoisse de ne pas y arriver vous a assailli(e). Vous y êtes ? La dernière … c’est l’expérience de l’anxiété de performance.

 

D’où provient réellement l’anxiété de la performance ?

Les pensées négatives, le terreau de l’anxiété de la performance

Croire en soi et en ses compétences est l’une des plus grandes sources de motivation et d’inspiration au monde. Croire en soi nous fait avancer. Croire en soi nous fait prendre des risques. Et croire en soi nous fait grandir. Que l’on se lève le matin, se couche le soir, que l’on fasse du sport ou cuisinons, la force avec laquelle nous croyons en nous à chaque instant influence notre façon d’agir au quotidien. Les pensées positives nous boostent (« Tu vas y arriver, il n’y aucune raison pour que ça foire.»), les pensées négatives nous freinent (« Peu importe ce que tu feras, tu n’es pas assez bon(ne). ») et les pensées neutres nous font stagner (« On verra bien. »). L’anxiété de performance prend racine lorsque pour une situation donnée nous sommes persuadés de ne pas être en mesure d’y arriver et que nous y croyons vraiment.

 

L’anxiété de performance, une question de croyances

L’anxiété de performance touche une majorité de sportifs. Elle émerge lorsque la charge d’entraînement ou de la compétition est perçue comme supérieure aux ressources disponibles. Elle survient également lorsque le sportif ne se sent pas en mesure d’accomplir la tâche qui lui est incombée. Et elle survient lorsque celui-ci n’est pas en mesure de prendre le recul nécessaire à différencier ce qu’il est capable de faire de ce qu’il se sent incapable d’accomplir. Une personne qui croît régulièrement qu’elle n’est pas en mesure d’accomplir certaines choses sera plus susceptible de le penser également dans le contexte sportif ; même si notons-le, il existe également des personnes qui, parce qu’elles s’épanouissement réellement au travers de leur sport, ne doute jamais d’elles dans ce contexte alors que c’est le cas dans d’autres sphères de leur vie quotidienne.

 

La fatigue, moteur de l’anxiété de performance

La fatigue physique et psychologique peuvent également être des facteurs d’anxiété de performance. A mesure que l’année s’écoule, l’accumulation de fatigue physique et psychologique change notre façon de percevoir et de différencier ce que nous sommes en mesure de faire de ce que nous pensons être en mesure de faire. Nous devenons alors anxieux à l’idée de devoir réaliser une tâche pour laquelle nous nous sentons incapable de faire appel à nos ressources quand bien même celles-ci soient disponibles ou non. A ce titre, alors que nous nous étions engagés à réaliser un entraînement ou une compétition, le moment venu, la fatigue accumulée nous fait percevoir nos ressources comme insuffisantes face à la tâche que nous devons réaliser. L’anxiété de performance fait alors son apparition et nous ne réalisons pas ce que nous serions en mesure de faire.

 

L’anxiété de performance comme possible facteur de survenue de blessure

L’anxiété de performance modifie notre système de croyance. Plus nous croyons ne pas être en mesure d’accomplir une tâche, plus nous angoissons. De manière additionnelle, plus nous angoissons, plus nous croyons ne pas posséder les ressources nécessaires à la réalisation de la tâche. Cette modification constante et négative de notre système de croyance génère de la fatigue, tant psychologique que physique. En conséquence, plus nous sommes anxieux à l’idée de devoir performer, plus nos ressources s’amenuisent et plus notre corps se fatigue ; résultant en une augmentation de la probabilité de nous blesser (Fig. 1).

Figure 1 : représentation schématique de la relation entre anxiété de performance et survenue de blessure

 

Identifier les croyances négatives afin de se préserver

Prendre conscience de nos croyances négatives à notre sujet c’est agir pour sa santé, et ce à différents niveaux. Premièrement, c’est ralentir, si ce n’est suspendre, la fatigue associée aux ruminations. Prendre conscience de ce qui nous anime nous permet de prendre du recul et d’identifier ce qui est vrai de ce qui ne l’est pas. Cela nous permet à court, moyen et long terme, de ne pas se surinvestir dans une pratique qui ne nous convient pas et ne serait que le résultat de croyances négatives. Prendre conscience de nos croyances agit alors à un second niveau, moins nous nous sentons obligé(e)s de nous investir dans une pratique afin de « redorer » notre image de nous-même, moins nous nous épuisons inutilement et plus nous nous préservons de la survenue de blessures.

 

Quelques conseils pour diminuer son anxiété lorsqu’elle est déjà présente

Savoir identifier son système de croyance et son anxiété de performance est très efficacement lorsque l’on a le temps de prendre du temps pour cela. Or, dans certaines situations, l’anxiété est déjà présente et elle modifie déjà notre course actuelle. Si jamais cela vous arrive, voici quelques conseils qui devront vous aider à la gérer.

 

  1. Courir dans un environnement qui vous plaît vous permettra d’optimiser le plaisir ressenti durant votre séance, diminuant ainsi votre anxiété. Lorsque l’anxiété est importante, privilégiez la course en nature. La nature a un pouvoir calmant très efficace.
  2. Courir en prêtant attention à ce que vous ressentez vous permettra d’optimiser toute sensation positive. Diminuez voire supprimez toute sensation négative. Optimisez ainsi le plaisir ressenti en souriant plus, en vous concentrant dessus. La vision de la nature, la rencontre avec une personne ou l’écoute d’une musique qui vous plaît sont de bonnes stratégies pour le faire.
  3. Courir en écoutant sa respiration. La respiration a un pouvoir très calmant car elle fait appel à notre système neurovégétatif. Respirer calmement nous calme physiologiquement et donc calme le fonctionnement trépidant et ininterrompu de notre cerveau et donc ce nos pensées et de nos angoisses.

 

 

 

Un article rédigé par :

Mauraine Carlier – Docteur en psychologie du sport 

 

 

 

Bibliographie :

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